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« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



lundi 16 novembre 2009

Journées nationales de l’infanterie : préparer le tournant de 2010



Pour leur dernière édition à Montpellier, les 17 et 18 novembre 2009, les journées nationales de l’infanterie (JNI), journées de réflexion menées en interne par l’armée de Terre, s’inscrivent dans un tournant.

L’infanterie aborde aujourd’hui une étape cruciale, caractérisée par l’ampleur d’engagements soigneusement préparés et par le rythme de la modernisation des équipements associant l’évolution de la formation des fantassins et le renouveau de la doctrine.

Les JNI 2009 mettent en lumière des capacités de combat débarqué, conforté et renforcé par les réformes de notre défense. Totalement intégrée à l’interarmes, elle appuie sa modernité sur la maîtrise des fondamentaux du commandement, du tir, de la sécurité et de la rusticité.

En phase avec les évolutions de l’armée de Terre, l’école de l'infanterie forme les chefs dont les régiments ont besoin sur tous les théâtres. Elle prépare son transfert vers Draguignan, pour remplir dès la rentrée 2010 sa mission, adossée à Canjuers, sur un pôle de préparation opérationnelle unique en Europe.

Ces JNI sont donc l’occasion de faire un point sur l’infanterie dans le cadre général de la transformation de l’armée de Terre, sur la mise en place et la maîtrise des nouveaux équipements, sur le processus RETEX (retour d’expérience) ainsi que sur l’adaptation de la formation qui en découle.

Pour que l’Afghanistan ne devienne pas un autre Vietnam

« Bourbier afghan »,



« Bourbier afghan », « nouveau Vietnam »… Telles sont les expressions fréquemment employées pour décrire la situation qui prévaut en Afghanistan. Dans ces conditions, et avec un tel parti pris affiché, il est difficile de se faire une opinion mesurée et objective sur ce qu’il se passe sur le terrain.

Récemment, le ministre de la Défense, Hervé Morin, estimait que la presse était en général trop pessimiste sur l’issue de ce conflit qui dure depuis mantenant neuf ans. « Même dans les zones où les choses s’améliorent, vous pouvez avoir à tout moment une intrusion des taliban, la pose d’un engin explosif improvisé, qui donnent le sentiment à l’opinion publique internationale que les choses vont de mal en pis » avait-il déclaré, le 22 octobre, sur les ondes de RTL.

Pourtant, un rapport du General Accountability Office (GAO, l’équivalement américain de la Cour des comptes) a recensé 13.000 attaques en Afghanistan sur les huit premiers mois de cette année. En moyenne, les troupes internationales déployées dans le pays, ainsi que les forces de sécurité afghane et la population civile doivent faire face à une centaine d’assauts par jour. « Les plus récentes données statistiques disponibles, depuis août 2009, montrent le plus haut taux d’attaques inititiées par l’ennemi depuis que les conditions de sécurité en Afghanistan ont commencé à se détériorer » conclut ce document, qui affirme que le niveau de violence y est désormais supérieur à celui constaté en Irak.

Cependant, l’analyse de la carte fournie par le site Icasualties.org, qui recense les pertes des forces étrangères déployées en Afghanistan, permet de déduire que les violences sont plus importantes dans certaines provinces du pays que d’autres. Sans surprise, ce sont certaines régions frontalières avec le Pakistan et le sud, bastion taliban, qui sont les plus meurtrières pour les troupes de la coalition.

Ainsi, il y a des zones qui sont relativement épargnées par l’insurrection ou dont la situation sécuritaire s’améliore. C’est le constat qu’a fait le colonel Benoît Durieux, le chef de corps du 2e Régiment Etranger d’Infanterie (REI), déployé depuis 4 mois en Surobi. Dans une tribune intitulée « L’Afghanistan ne sera pas le Vietnam » et publiée par le quotidien Le Monde, l’officier a fait part de son expérience et surtout des résultats obtenus sur le terrain.

Critiquant les « commentaires désabusés, sous prétexte d’être réalistes, qui meublent nombre de chroniques » et qui laissent à penser que les talibans seraient « un nouvel et redoutable avatar du vietcong », le colonel Durieux parle de l’évolution favorable qu’il a pu constater en Surobi et du rejet des insurgés par les civils qui « recherchent avant tout la paix et la tranquilité » et qui « refusent majoritairement l’obscurantisme » du mouvement taleb, « qu’il soit idéologique ou plus souvent d’opportunité ».

Sur le plan de la sécurité, le colonel Durieux indique que les incidents « sont maintenant cantonnés à l’extrême nord de la vallée d’Uzbeen », celle-là même où, en août 2008, 10 militaires français avaient été tués, ce qui traduit, selon lui, « le désarroi de ceux pour qui cette région était devenue un sanctuaire intouchable ».

« Si référence historique il doit y avoir, nous sommes certainement plus proches de Lyautey. La partie n’est pas gagnée, cela prendra du temps, mais ici seule l’inaction serait coupable » conclut le chef de corps du 2e REI. Et « l’Afghanistan ne sera pas le Vietnam » donc.

« Spirale vietnamienne » estime, a contrario, le colonel Michel Goya, historien et directeur d’étude à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) nouvellement créé. Dans un article publié le 12 novembre dans la lettre mensuelle de cet organisme, l’officier décrit sans concession ce qu’il a vu sur le terrain, lors d’un séjour à Kaboul passé auprès de l’opération Epidote.
Pour le colonel Goya, c’est la façon de conduire les combats en Afghanistan qui est susceptible de mener à une sorte de « Vietnam bis ». « Ma plus grande surprise a concerné les Américains. (…) D’un point de vue tactique, les méthodes américaines ne sont guères différentes de l’époque de la guerre du Vietnam – à cette différence près que le moral des troupes reste très élevé – et dont on connaît les nombreux effets pervers » écrit-il.

L’officier cite l’exemple de frappe de Kunduz du 4 septembre dernier, qui avait visé deux camions citernes volés par les taliban et dont le bilan en terme de victimes civils a été désastreux. « Les officiers afghans ne comprennent pas que les Allemands n’aient pas envoyé une unité terrestre récupérer ces citernes apparemment si importantes, et qu’ils n’aient pas compris qu’elles seraient entourées de civils » constate le colonel Goya. « Cette manière de faire la guerre à distance », avec l’usage d’une puissance de feu écrasante, « est incontestablement perdante à terme et toute la volonté de la directive McChrystal est d’enrayer ‘cette spirale’ vietnamienne’, mais il s’agit là d’un combat à mener contre la culture de sa propre armée » estime-t-il.

Quant à l’afghanisation du conflit, qui consiste à former des soldats afghans aptes à prendre la relève des soldats de l’Otan, le colonel Goya est tout aussi critique mais propose dans le même temps des solutions simples. Ainsi, l’officier insiste sur le décallage entre les militaires afghans et leurs homologues de la coalition, perçus comme « de petits corps étrangers » compte tenu du fait qu’ils ont importé dans le pays leur mode de vie.

Les bases de l’Otan apparaissent comme des « oasis de prospérité » dont les soldats afghans « profitent bien peu ». Le colonel Goya parle même de caractère égoïste de « cet archipel », associé dans l’esprits « à une administration locale corrompue ».

Par ailleurs, les militaires afghans sont formés à l’américaine. On apprend ainsi qu’un futur officier doit ingérer « des manuels qui ne sont que des traductions intégrales d’énormes documents américains, réalisées par la société privée MPRI » alors que « la ressource humaine locale, imprégnée de culture guerrière, est de qualité. On ne permet pas aux Afghans de combattre à leur manière, en petites bandes très agressives (c’est à dire comme les rebelles que nous avons en face de nous) tout en ayant du mal à les faires manoeuvrer à l’occidentale » constate le colonel Goya.

Le résultat final risque d’être d’autant plus décevant que s’ajoutent à cela les tensions communautaires entre soldats – l’Afghanistan est un melting pot de plusieurs éthnies – et un important taux de désertion (34% pour les militaires du rang, 12% pour les sous-officiers et seulement 3% pour les officiers). D’où les doutes exprimés par l’officier quant au programme visant à doubler, voire à tripler, les effectifs de l’armé afghane. Pourtant, il y aurait une solution toute simple pour remédier en partie à ce problème : pour le colonel Goya, il suffirait de doubler les soldes des soldats afghans, ce qui représenterait entre 200 à 300 millions de dollars par an, et cela, dans « une guerre qui en coûte plus d’un milliards par semaine aux seuls contribuables américains ». En plus, de meilleurs salaires seraient susceptibles d’asphyxier les canaux de recrutement de l’insurrection, que certains rejoignent par intérêt.

Enfin, les colonels Goya et Durieux se rejoignent sur l’évaluation qu’ils font sur l’apport des éléments français déployés dans le pays. Certes, « les Français ne sont que des acteurs mineurs au sein de cet ensemble complexe, mais ils conservent une bonne image, d’autant plus que leurs résultats sont très bons mais aussi très différents selon les provinces » écrit le chercheur de l’IRSEM, qui partage ainsi l’appréciation du chef de corps du 3e REI sur la situation en Surobi. Reste les difficultés rencontrées en Kapisa, « zone beaucoup plus stratégique pour les rebelles ». Mais les méthodes employées par les hommes du 3e Régiment d’Infanterie de Marine (RIMa) font « l’unanimité des officiers afghans » rencontrés par l’officier à Kaboul.

Mais si le colonel Goya parle de « spirale vietnamienne », il reste néanmoins confiant – semble-t-il – sur une évolution positive de la situation afghane. « Il faut être conscient que cette guerre sera longue et difficile, mais qu’elle est gagnable ne serait-ce que parce que les taliban sont largement détestés » écrit-il, contrairement à ce que voudrait faire croire certains qui les présentent comme des « libérateurs » d’un Afghanistan occupé. Mais pour prendre définitivement le dessus, il faudrait réunir plusieurs conditions : une meilleure gouvernance à Kaboul, avec une lutte contre la corruption, l’arrêt du soutien pakistanais aux rebelles et une « meilleure greffe de la Coalition dans le milieu afghan », laquelle serait plus efficace qu’une augmentation des effectifs.

Gendarmes français en Afghanistan



Les premiers gendarmes français, qui doivent accompagner et former les policiers afghans dans le cadre du dispositif POMLT (Police Operational Mentoring Liaison Team), ont quitté la France pour rejoindre les bases avancées de Nijrab et de Tagab, en Kapisa.

Au total, et au 1er décembre prochain, ils seront 150, venus des escadrons de gendarmerie mobile de Satory (Yvelines) et de Chauny (Aisne) à être déployés pour une durée de six mois en Afghanistan. Ils seront relevés en avril 2010 par des gendarmes venus de Rennes et de Pontivy.

Une partie d’entre eux rejoindra Mazar-e-Charif, une ville située à 300 km de Kaboul, afin de former les recrues de l’Afghan National Civil Order Police (ANCOP), qui est une unité destinée au maintien de l’ordre, à l’image des Compagnies républicaines de sécurité et de la gendarmerie mobile.

La décision d’envoyer des gendarmes pour encadrer la police afghane avait été officiellement annoncée par le président Sarkozy lors du sommet de l’Otan de Strasbourg, en avril dernier.

Cette mission est délicate à plus d’un titre pour les gendarmes français. En effet, la police afghane est minée par la corruption, quand elle n’est pas infiltrée par des sympathisants de la cause islamiste, comme cela s’est récemment vu avec les cinq militaires britanniques tués par un policier à un barrage dans le sud de l’Afghanistan. Et contrairement aux déploiements extérieurs précédents, comme en Bosnie Herzégovine et au Kosovo, ils interviendront dans un pays en guerre.

Aussi, les gendarmes affectés en Afghanistan, qui restent des militaires même si ils ont été rattachés au ministère de l’Intérieur, ont suivi une préparation spécifique délivrée par l’armée de Terre aux camps de Suippes et de Mourmelon.

Outre cette formation, ces 150 gendarmes ont reçu un équipement particulier où l’accent a été mis sur la protection. Ainsi, chaque militaire sera notamment pourvu d’un giler pare-balles de 17 kilos. Quant à l’armement, exit le traditionnel Famas. Pour cette mission, la Gendarmerie nationale a fait le choix du fusil d’assaut allemand Heckler & Koch G36 (HK G36), qui passe pour être une arme fiable et précise.

Enfin, l’armée de Terre a mis 12 véhicules de l’avant-blindé (VAB) à la disposition des gendarmes pour cette mission. Ces engins ont reçu un équipement spécifique, notamment pour ce qui concerne les transmissions.

Photo : Deux VAB mis à la disposition des gendarmes déployés en Afghanistan (c) Gendarmerie nationale