c

BIENVENU SUR LE BLOG DE L'ASSOCIATION DES TITULAIRES DU TITRE DE LA RECONNAISSANCE DE LA NATION ET DU CIVISME ET DÉVOUEMENT SECTION SUISSE.
« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



mercredi 11 août 2010

Wikileaks : la divulgation est plus importante que le contenu

a mise en ligne de plus de 91.000 documents militaires américains par le site wikileaks pose plusieurs types de question : le contenu, la manière de lire les documents et surtout, leur divulgation même.
1) Le contenu, tel qu'on a pu le lire grâce aux trois journaux qui en ont eu l'exclusivité (The New York Times, The Guardian, Der Spiegel) et en s'appuyant sur notre propre consultation forcément tès partielle (voir le post sur Uzbine) ne change pas radicalement ce que l'on savait des opérations en Afghanistan. Il n'y a pas de révélations, mais la confirmation, pièces à l'appui, de ce que l'on savait déjà. Le jeu complexe du Pakistan, via ses services secrets, n'est pas une découverte. Pas plus que l'existence de "bavures" sur les populations civiles. On savait que des forces spéciales américaines (Delta Force et Seals team 6) traquaient les dirigeants insurgés, mais on ignorait le numéro de leur task force (373). On apprend qu'un hélicoptère a été abattu par un missile sol-air, ce qui est une nouveauté - même si la menace reste a priori faible. Bref, rien qui change notre regard sur la guerre. Cela prouve une chose : à l'ère de l'information de masse, les grandes démocraties, comme les Etats-Unis ou la France, peuvent "oublier" de donner quelques détails, mais elles ne mentent pas sur l'essentiel.
2) Tous les historiens familiers des archives le savent : un document ne vaut que replacé dans son contexte. Ecrire l'histoire, même celle du quotidien, exige également de comprendre la nature des documents que l'on a entre les mains. Qui les écrit ? A quoi servent-ils ? C'est ce qui fait de l'Histoire une discipline scientifique exigeante. Ainsi, une grande part des documents  mis en ligne sont des SITREP (Situation report), produits au quotidien par les états-majors. Il ne s'agit pas de synthèse. Ainsi le Sitrep que nous avons publié sur Uzbine fait état des pertes ennemies telles qu'elles avaient été recencées le lendemain de l'embuscade à 23 heures. Or, on sait que des opérations de rétorsion ont eu lieu dans les jours suivants et il faudrait coupler les sitrep d'alors avec celui dont nous avons eu connaissance, pour avoir une image globale de la situation. C'est un travail de synthèse complexe.
3) La divulgation d'une telle quantité de documents est en réalité le fait le plus important. Elle pose des questions sur la protection des données confidentielles. Le jeu ne se joue malheureusement pas uniquement entre, d'une part, les gouvernements des Etats démocratiques qui voudraient cacher les informations à leurs citoyens et, de l'autre, des investigateurs comme ceux de Wikileaks, chevaliers blancs de la liberté de l'information. Il y a malheureusement un troisième larron : les bad guys, c'est-à-dire les gens qui cherchent à commettre de vrais attentats ou, dans un autre domaine, à se doter de vraies armes de destruction massive. Feront-ils leur miel de la lecture du site wikileaks ? Il faut espèrer que non. Le secret-défense a parfois bon dos, mais croire que l'on pourrait s'en passer relève d'une naïveté confondante. Comme l'écrit VS Naipaul, "le monde est ce qu'il est" et il n'est pas toujours très sympathique, comme on vient encore de le voir avec l'assassinat de Michel Germaneau.
Quelles seront les conséquences dans le cas de Wikileaks ? Elles sont sans doute de deux ordres. D'abord diplomatiques entre les Etats-Unis et le Pakistan. Ce pays complexe risque de ne pas apprécier à sa juste valeur ce qu'un observateur averti qualifie d' "accumulation ravageuse" de faits le concernant. Enfin, cette affaire ne sera pas sans conséquence sur les opinions publiques occidentales et leur "résilience" par rapport au conflit afghan. Les 92.000 documents de Wilileaks ne vont certainement pas rendre cette guerre plus sympathique aux yeux des Occidentaux. C'était, d'ailleurs, l'effet recherché.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire