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« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



mardi 12 mars 2013

Surtout, ne supprimez pas la Réserve !


Lorsque les contraintes financières deviennent insoutenables, la tentation est
d’éliminer ce qui ne semble plus indispensable et de se concentrer sur ce qui
paraî tessentiel pour assurer la continuité d’activité de son «cœur de métier».
Avec les réductions brutales envisagées sur le budget de la Défense, il est évident
que la tentation devient pulsion ! Dans cecontexte, la question du maintien d’un
dispositif de éservese pose. Nombreux sont les thurifaires, qui, dans les coursives
des négociations en cours autour du Livre blanc,seraient favorables à un effacement
discret de ce dispositif afin de récupérer une marge de manœuvre budgétaire.
Tactiquement ils n’ont pas forcément tort. Qui défend la Réserve ? Plus
personne ne sait ce à quoi elle correspond. Dans les dîners en ville mais aussi pour
le moindre quidam de la société civile,cette institution a disparu des écrans depuis
longtemps. De fait les dizaines de milliers de réservistes qui existent toujours,
assument leurs engagements et leurs missions dans une quasi-clandestinité vis-à-vis
de leurs employeurs et dans l’indifférence de la nation. À qui la faute ? Pour des
raisons bassement électorales ou idéologiques, nos concitoyens ont été entretenus
dans l’idée que la guerre n’était plus qu’une affaire de prétoriens dotés des
meilleures technologies et que la sécurité internationale se résumait à de la simple
diplomatie humanitaire… Stratégiquement ces biais conceptuels qui s’entendent
ici et là risquent assez rapidement de s’avérer insuffisants quand les principes de
réalité viennent violemment remettre en cause soixante ans de prospérité, de
confort et de sérénité.
Qu’importe le passé et le niveau de confusion qui a régné autour du concept
d’emploi des réserves au sein des armées et de la Défense depuis vingt ans. Ce qui
compte, c’est l’avenir et ce que nous pouvons tirer, depuis la Bosnie jusqu’à
Fukushima, des retours d’expérience des crises récentes au niveau international,
qu’elles soient militaires ou civiles. De quoi parle-t-on ? Aujourd’hui la réserve c’est
environ 60 000 hommes (l’objectif pour 2015 est de 80 000 dont la moitié pour la
Gendarmerie), soit l’équivalent des effectifs d’un grand groupe en temps partagés.
C’est aussi un budget global de 125 millions d’euros (72 millions sans la
Gendarmerie) soit 0,4 % des 32 milliards attribués à la Défense, ou l’équivalent de
deux mois d’Opex au Mali avec 4 000 hommes. Les ratios paraissent attractifs surtout
si on se permet de les aborder avec une approche compétence/rendement/enjeux…
www.defnat.fr

BILLET2
Or, tous les grands pays dotés d’une défense qui se respecte travaillent désormais
sur ces critères. En effet, au-delà des capacités initiales de choc et de sécurité qu’il
faut être en mesure d’assumer, il faut être désormais capable de développer des
capacités additionnelles de résistance sur le plan sécuritaire, de résilience au niveau
des populations et de robustesse des systèmes de vie. Tous sans exception, des
États-Unis aux pays européens, en passant parle Japon  suite au tsunami de Sendai,
mettent l’accent sur la nécessité d’avoir une réserve forte, entraînée, visible et
reconnue par la société civile pour assurer le continuum des missions des forces de
sécurité (civiles et militaires) mais aussi des dispositifs experts (Santé, Sciences de
l’information,Technologie, Économie…) qui maintiennent la sûreté d’un pays.
La question n’est plus de raisonner d’abord en « masse critique » comme
lors de la conscription mais de fonctionner en logique de«compétences»,« d’effet
de levier»et de création de« valeur ajouté eréciproque» pour nos systèmes globaux
de sécurité. Cela suppose une véritable révolution dans la conduite des affaires
militaires ainsi que dans le pilotage des crises au niveau national.C’est un changement de modèle de gestion des ressources, voire un changement de paradigme dans
la vision de la réassurance de nos systèmes de vie. La productivité potentielle du
réserviste d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle du conscrit d’hier qui attendait l’ordre et consommait son temps en attendant que l’ennemi se révèle. Le réserviste d’aujourd’hui, et encore plus celui de demain, est chirurgien, ingénieur,
juriste,chef d’entreprise,cadre de la fonction publique, infirmier, agent de maintenance, logisticien… Il fonctionne au sein de la société civile avec des niveaux
d’exigence, de qualité, de conscience professionnelle, d’efficacité mais aussi
d’éthique qui s’avèrent précieux et décisifs en temps de crise.Il peut non seulement
compléter les forces sur le terrain mais aussi contribuer à ouvrir le questionnement,
à enrichir la connaissance d’un environnement, renforcer l’expertise, travailler en
anticipation (voir les contributions de l’auteur sur le rôle de la réserve concernant
la coopération civilo-militaire et la gestion des sorties de crise)… Il est clair que
c’est bien plus qu’un simple conscrit de renfort,consommable et assujetti.C’est un
professionnel de la complexité qui sait fonctionner en logique duale et qui a un
sens aigu del a citoyenneté.
Pour beaucoup il suffirait de réduire ce concept à un simple fichier actualisé de quelques milliers d’anciens d’active à qui l’on offrirait une allonge financière
pour amortir le choc actuel des réductions d’effectifs en attendant d’avoir des
Sociétés militaires privés (SMP)efficaces qui prendraient le relais. Il n’y a pas pire
remède que l’endogamie organisationnelle surtout dans une période où se posent
des questions vitales de résistance et de robustesse de nos systèmes de vie ! Au
moment où les conclusions du Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale
vont quitter les débats d’experts pour aller sur la table des politiques, il est important de se poser la question du véritable prix de notre survivance. Faut-il que la
sécurité de la France soit réduite à un dispositif de professionnels, dont personne
ne remet par ailleurs en cause la performance et le dévouement ? Ne serait-il pas 3
indispensable de se doter enfin d’une allonge intelligente, réactive, compétente,
motivée avec une véritable force de réserve issue de la société civile? Et dans cette
hypothèse quel type de gestion faudrait-il inventer ?

L’histoire a toujours montré qu’au-delà les capacités d’encaisser et d’assumer de schocs, les grands pays ont toujours été ceux qui ont su résister aux aléas de
la vie t aux tragédies humaines.Ce n’est pas une question de taille, de volume, de
coûts. C’est une question de volonté, de courage, de vision mais aussi d’organisation. Pour autant, comme l’écrivait Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le
changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ».
Espérons que les politiques de notre pays, à qui il revient en cette période de crise
d’arbitrer sur des fondamentaux,et ce quelles que soient leurs affinités, auront ce
sens du vital. Faisons en sorte qu’ils n’aillent pas dans le sens de la suppression mais
plutôt dans celui de l’invention d’une nouvelle réserve forte et reconnue!

TRIBUNE


 Xavier Guilhou   Expert en prévention des risques et pilotage des crises. Auditeur de l’IHEDN.
Capitaine de vaisseau de réserve.


Éléments de bibliographie et liens Internet
« La réserve: la supprimer ou la réinventer ?»in Agir n° 13 du 13 février 2003.
« Esprit de défenses-tu là ?»(Tribune n° 124) in www.defnat.com (la RDN en ligne), septembre 2011.
« Sortie de crise et coopération civilo -militaire. Révolution ou régression dans les affaires militaires ? » in Bulletin
d’études de la Marine n° 38, juin 2007.
« Sortie de crise: pour une stratégie de rupture»in revue Doctrine du 19 octobre 2006.
« Artisans de la paix – Missions auprès des populations (Opex 1994-2005)»in La Charte (organe de la Fédération
nationale André-Maginot), novembre-décembre 2005.
« Nos armées sont-elles prêtes ?»in revue Défense spécial n° 100.
« Le point de vue d’un praticien », intervention lors du colloque« L’accès des entreprises françaises aux marchés liés
aux opérationse xtérieures» de l’Enseignement militaire supérieur scientifique et technique(EMSST), mars 1999.
Intervention à l’ IHEDN 1988 : « Inventer la paix ? Pourquoi pas ! Les actions civilo-militaires : un concept
stratégique».
Pour les 50 ans de l’IHEDN :« Est-il possible de faire la paix ? –Témoignage des opérations ACM », 1986.


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