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« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



mardi 18 juin 2013

L’esprit para, c’est quoi ?



C’est un sujet dont on parle beaucoup malgré sa tendance à disparaître ou se modifier, mais peu en connaissent la signification exacte.
C’est avant tout un état de solidarité d’un genre fraternel entre les membres d’une corporation différente dans une communauté.
Il se manifeste par la matérialisation d’entraide et de soutien en toutes circonstances entre les membres de cette corporation.
On peut dire que cet état d’esprit a évolué en trois phases dans le milieu para .
C’était l’époque de la guerre patriotique ou les soldats étaient des engagés. Les théâtres d’opérations avaient lieu entre belligérants de civilisations européennes. Les paras étaient dénommés S.A.S. nom d’appellation anglaise du Spécial Air Service.
Unités toutes nouvelles et utilisées suivant des méthodes non conventionnelles, les S.A.S. étaient peu nombreux et subissaient un entraînement lui aussi peu conventionnel. De plus, le fait de franchir la porte d’un avion en vol les faisait considérer comme des casses cou en leur donnant néanmoins un prestige de courage que le commun des mortels n’avait pas. Ils formaient donc une sorte de caste à part.
Par la suite les effectifs paras ayant considérablement augmenté, l’admiration pour ces gens assez fous pour se jeter dans le vide diminua quelque peu avec l’habitude et le nombre de ce qui était considéré au début comme un exploit . Elle fut toutefois remplacée par leurs brillants résultats opérationnels obtenus à la suite de cette formation spéciale à laquelle ils étaient soumis . Actuellement, sauter en parachute est devenu quelconque et n’a plus rien d’exceptionnel. C’est devenu un sport à la mode pratiqué par une nombreuse jeunesse aussi bien garçons que filles.
C’est certainement dans la génération paras d’Indochine que l’on trouvera le paroxysme de cet état d’esprit, mais pour des raisons assez différentes.
Contrairement à ce que certains historiens prétendent, l’Indochine n’était pas une guerre patriotique. Le jeune engagé partant pour cette lointaine colonie y recherchait surtout l’aventure et l’exotisme mais quelques fois aussi pour certains, la conviction ou l’oubli d’engagements politiques, ce qui dans une unité de commandos parachutistes le rendait très volontaire. Ce fut aussi une campagne où les paras furent le plus utilisés comme parachutistes au sens propre du mot, c’est à dire pour des opérations de combats avec saut en parachute.
Super entraînés avant leur départ et expérimentés par leur habitude du terrain, ils étaient intensément utilisés pendant leur séjour.
On retrouvait dans ces unités, la même psychologie que chez les S.A.S, mais avec la différence que les théâtres d’opérations étaient entre belligérants de civilisations différentes. D’autre part, isolés et bien loin de leur famille, plus critiqués que soutenus par leur pays; ils se trouvaient seuls et davantage obligés de resserrer les liens entre eux, par nécessités.
Les combats, souvent très violents avaient lieu dans une nature sauvage transformant l’évacuation des blessés très problématique. L’hélicoptère n’existant pas encore , il ne fallait donc compter que sur les copains .Tout cela aussi créa un état d’esprit à part que l’on retrouvera d’ailleurs pendant la bataille de Dien Bien Phu quand les paras de réserve, bien que sachant la bataille perdue étaient malgré tout volontaires pour les derniers parachutages “ pour aider les copains “.
Cet état d’esprit était encouragé et partagé à tous grades, l’officier subissant les mêmes épreuves que le simple para. On retrouvera cet encouragement jusque dans certaines devises des unités, exemple la devise des commandos Pontchardier, reprise par le 2° BCCP - S.A.S : << A la vie, A la mort >>.


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L’aspect psychologique de la génération paras d’Algérie fut tout à fait différent des générations précédentes.
Ce n’était ni une guerre patriotique ni une guerre de jeunes coureurs d’aventures, ce n’était même pas une guerre reconnue comme telle, puisque le pouvoir en place ne reconnaissait que des opérations de maintien de l’ordre. Les combats toutes proportions gardées étaient plus sporadiques et beaucoup moins meurtrier .
Les unités parachutistes comprenaient quelques engagés mais surtout des appelés du contingent encadrés et commandés par un certain nombre de gradés ayant eu l’expérience de l’Indochine. Un grand nombre d’officiers étaient aussi à l’origine des appelés du contingent rapidement formés dans les écoles militaires, pour les nécessités du moment. Ces unités n’étaient plus engagées en opérations parachutées et disposaient d’une infrastructure d’hélicoptères qui résolvait les problèmes opérationnels et les évacuations sanitaires.
Les conditions et confort de vie étaient bien meilleures. La famille et les parents pas très loin et facile à joindre ne serait-ce que par téléphone. Plusieurs permissions étaient accordées pendant le séjour.
L’état d’esprit para existait certes, mais il était différent et surtout né de la fierté d’appartenir à une unité paras sans toutefois y retrouver systématiquement le volontariat de l’Indochine et de la France Libre, ce qui toutefois ne leur enlevait pas le courage et l’efficacité dans les engagements sur le terrain.
En cours de séjour, il n’était pas rare d’entendre chanter “ La Quille “ , chanson inconnue dans les autres générations de paras. La solidarité entre les hommes était donc d’une intensité relativement plus faible et l’esprit de bloc corporatif disparaissait peu à peu avec le retour à la vie civile .
Mis à part le copinage traditionnel de quelques anciens de régiment, la fraternité corporative et l’esprit de soutien disparaissaient rapidement dans un individualisme de fait, malgré la conviction contraire de quelques éléments nostalgiques de gloires manquées à la remorque d’un prestige paras que la plupart n’ont pas connu dans toute sa réalité.
 - La Génération actuelle . .
Plusieurs jeunes paras se sont étonnés de ne trouver aucun commentaire sur la nouvelle génération paras. La raison est tout simplement : celle de rester objectif. Il nous est difficile à nous les anciens, de nous faire une opinion parce que " nous ne sommes plus dans le coup ".Pourtant, sans forfanterie je crois que la relève est bonne et cela nous met du baume au coeur, car il est juste de constater que les paras actuels semblent avoir repris le flambeau et l'esprit des anciennes générations de combattants. Celles-ci n'oubliant pas, que ce sont les événements qui commandent et que la grandeur du para comme sa force c'est de savoir s'adapter au cours des choses.
J'ai personnellement constaté à plusieurs reprises combien ces jeunes paras ont la tenue, l'ardeur et la foi dans leurs missions souvent difficiles, et rendues ingrates par les subtilités de la politique mondiale actuelle. Leur aptitude à ces missions peu communes demandant toujours un sang froid exemplaire est sans doute le résultat de leur formation dans un professionnalisme compétent.
Une belle et saine jeunesse avec qui il faudra compter demain.



Jean ROSIER Témoin de l'Aventure Parachutiste 1943-1967

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