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lundi 29 juillet 2013

Défense : les scénarios noirs des coupes budgétaires

Un "tsunami", une "rupture historique""la fin annoncée de la puissance française": ces mots, jetés dans le débat par les acteurs de la défense nationale et les responsables politiques, ne paraissent plus exagérés à la lecture des chiffres qui sont soumis aux premiers grands arbitrages de François Hollande, mardi 26 mars, en conseil de défense.

Après une première réunion vendredi 22 mars, ce rendez-vous va permettre"d'entrer dans le dur", selon un observateur. D'un côté, le plan du ministère du budget, scénario dit "Z" d'une progression nulle en valeur, qui aboutirait à une baisse de 30 milliards d'euros de l'effort militaire de la France d'ici à 2020, soit une annuité budgétaire de moins en six ans. De l'autre, le scénario "Y" de la défense, destiné à sauver l'essentiel avec 15 milliards de moins, qui aboutirait quand même à diviser par deux la capacité d'intervention des armées françaises.
31,4 MILLIARDS DE BUDGET
Mi-avril, le chef de l'Etat aura validé la nouvelle feuille de route stratégique du pays – le Livre blanc pour la défense nationale – et le cadre financier qui l'accompagne. Une nouvelle loi de programmation militaire 2014-2019 sera présentée en conseil des ministres en juillet pour être soumise au Parlement à l'automne. Mais alors que la programmation budgétaire devait découler de la stratégie, les deux démarches ont été parallèles. Le Livre blanc, déjà livré, pourrait même être réécrit début avril.
Malgré la dissuasion nucléaire toujours sanctuarisée, et en dépit du siège permanent occupé par la France au Conseil de sécurité de l'ONU, la défense s'attend ainsi à rejoindre le bas du tableau européen. Un haut responsable du ministère s'inquiète : "Les militaires ont trop crié au loup ces dernières années. Cette fois, le loup est là, mais plus personne n'a conscience du désastre, sauf le ministère du redressement productif." Toutes les notes présentées au président en conseil de défense sont ainsi cosignées des deux ministères.
Le budget actuel de la défense est de 31,4 milliards (dont 10 % pour la dissuasion), soit 1,56 % du PIB, un poids historiquement bas. L'appareil militaire achève une profonde réforme engagée par la droite sur 2009-2015 (54 000 postes supprimés). La précédente programmation n'a pas été respectée. Il manque déjà 4 milliards, et l'écart entre les crédits et les commandes d'équipement s'élève à 45 milliards.
Le scénario "Z" revient à "tuer le ministère de la défense", dit Patricia Adam, présidente de la commission de la défense de l'Assemblée nationale. Il prévoit un budget à 28 milliards d'euros en 2015 et aboutit à 50 000 suppressions d'emplois au ministère dès 2015 (100 000 au total, soit plus d'un tiers, d'ici à 2020) et environ 30 000 emplois industriels. Le format des armées est divisé par deux – nombre d'avions de chasse, de brigades terrestres.
Ce plan signifie la mise à quai du groupe aéronaval autour du porte-avions ; une seule opération extérieure possible à 7 000 hommes maximum (5 200 sont mobilisés sur le seul Mali) ; enfin l'arrêt de tous les grands programmes d'équipements majeurs, votés et futurs, dont l'enveloppe passerait de 7 milliards à 4 milliards. Cette chute est jugée irrattrapable par les experts en raison des cycles de vie des matériels militaires. "Une fois que vous avez démobilisé les bureaux d'études, vous ne rattrapez jamais", explique Christian Mons, patron du Conseil des industries de défense (Cidef), qui rassemble les groupements professionnels de l'armement terrestre, de l'aéronautique et du naval.
1,28% DU PIB EN 2020
"Avec moins de 30 milliards d'euros, Hollande laisse ses successeurs dans l'incapacité d'intervenir militairement à l'extérieur", assure un proche du ministre Jean-Yves Le Drian. A partir de 2015, "l'armée se réduirait à la gendarmerie, aux forces spéciales, et à la dissuasion, avec les sous-marins et les deux escadrons de Rafale", a calculé un expert du parlement.
Le ministère propose un modèle d'attente pour passer la période 2014-2016, espérant ensuite un retour à meilleure fortune avec un maintien en volume de ses crédits. Objectif : "Ne pas casser définitivement l'outil." L'enveloppe serait de 362 milliards entre 2014 et 2020. La défense ne pèserait plus que 1,28 % du PIB en 2020 et 1,25 % en 2025. "De quoi sauver la dissuasion avec ses deux composantes sous-marine et aérienne, et tout ce qui va autour (frégates, ravitailleurs, moyens spécialisés de transmission et de renseignement), la protection du territoire, et une capacité d'initiative extérieure avec la projection de 15 000 hommes", plaide-t-on chez Le Drian.
BAISSE DE 30% DES ÉQUIPEMENTS
Ce plan contient toutefois une baisse de 30 % des équipements. Les cadences de livraison des grands matériels (A400M, hélicoptères NH90 et Tigre, Rafale) seraient divisées par deux. Le plan de modernisation de l'armée de terre "Scorpion", qui doit renouveler les blindés, serait annulé. Des entreprises comme Nexter ou Panhard seraient menacées. Dans tous les cas, le ministère prévoit la suppression de 35 000 emplois supplémentaires, alors même que la réforme en cours, déjà qualifiée de "choc" par le Sénat, n'est pas achevée. Un risque politiqueimportant à l'approche des municipales. De plus, pour assurer le scénario "Y", la défense a besoin de recettes exceptionnelles : 4,5 milliards d'ici à 2020 pour préserver la capacité d'investir sur des équipements. La vente de participations de l'Etat, dans EADS ou DCNS, est évoquée. Une autre solution, hautement risquée au plan politique, est présentée au chef de l'Etat : celle de sortir la défense du calcul des 3 % de déficit.
Quels seront les choix présidentiels dans cette équation impossible ? Jean-Yves Le Drian a compris que, même lui, l'ami de trente ans, le bon soldat de la guerre au Mali, n'avait pas de garantie. Les équipes de l'Elysée sont très critiquées à la défense. Le diplomate Jean-Marie Guéhenno, spécialiste des opérations de maintien de la paix de l'ONU, qui a piloté le Livre blanc, est jugé par un haut responsable "complètement à côté de la plaque ". Les chefs militaires ont des plans d'économie, mais ne cachent pas leur inquiétude.
QUALITÉ OPÉRATIONNELLE
Dans cette bataille, le cabinet Le Drian martèle un argument : "Pas de souveraineté avec la dette, mais pas de souveraineté sans armée forte." Les parlementaires ont été appelés à la rescousse, multiplient les prises de position pour soutenir l'effort de défense. La droite a abondé, François Fillon a pris la parole. Les industriels ont publié une lettre commune dans Les Echos.
Le spin doctor du ministre, lui, multiplie les interviews. Sacha Mandel a diffusé la dernière vague du Baromètre des opérations extérieures, un sondage trimestriel d'Ipsos que le ministère garde toujours secret. Car dans celui de janvier, non seulement les 1 007 Français de l'échantillon représentatif approuvent les guerres en cours, mais 63 % pensent que "la France doit rester une grande puissance et ne pas réduire son outil militaire".
Dans la guerre au Mali, diplomates et chefs militaires conviennent que les armées n'ont jamais atteint une telle qualité opérationnelle. Mais à l'arrière du décor, le tableau est celui d'une institution qui attend le baiser de la mort.

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