La décision saoudienne d’accorder 3 milliards de dollars pour équiper l’armée libanaise en matériel français est le fruit d’une proposition française présentée au roi Abdallah.

Paris et Riyad se seraient mis d’accord pour confier à l’ODAS la gestion de ce programme, cette structure étant la seule habilitée à gérer les contrats militaires entre les deux pays. Une commission franco-libanaise devrait se réunir à Paris, cette semaine, pour étudier une liste de besoins présentés par Beyrouth et fixer l’ordre des priorités.

Les besoins sont immenses. De leur côté, les négociateurs français devront prendre en compte deux paramètres essentiels : que les armes fournies ne menacent pas la sécurité d’Israël et qu’elles ne tombent pas entre les mains du Hezbollah. La proposition française serait notamment la conséquence d’une étude approfondie de la situation de l’armée libanaise et de l’évolution de la situation sur le terrain depuis le début de la crise syrienne.

Contrairement aux idées reçues, les soldats de confession chiites ne représentent que 22 % de la totalité des effectifs de l’armée libanaise, qui s’élèvent à 60 000 hommes. Les sunnites représentent 35 %, les Druzes 8 %, les alaouites 6 % et les chrétiens de toutes obédiences 29 %. Par contre, la majorité des officiers sont des chrétiens partisans du général Michel Aoun et des chiites liés au Hezbollah. Le renseignement militaire (2e Bureau) est lui le service le plus noyauté par "le Parti de Dieu".

Par ailleurs, toujours selon l’étude, 90 % du budget de l’armée sert à financer le fonctionnement et l’administration (salaires…) et Beyrouth dépend entière­ment du matériel cédé par quelques pays, dont les Etats-Unis, la France et les Emirats.

 Toutefois l’armée est confrontée au problème de l’entretien trop coûteux de ces matériels anciens, qui l’oblige à en cannibaliser une grande partie.
Malgré la tension confessionnelle et les années de guerre civile, l’armée aurait conservé son esprit de corps et resterait une armée professionnelle fortement occidentalisée, comme en témoignent les refus d’accepter du matériel iranien, russe ou chinois. Ses concepts d’emploi et sa doctrine sont eux aussi fortement inspirés par les Occidentaux.

L’étude conclut sur l’opportunité actuelle de renforcer les capacités de l’armée libanaise et de l’aider à asseoir son autorité. Ceci du fait que la guerre en Syrie a libéré la classe politique et la direction de l’armée de l’emprise des services syriens, mais aussi du fait que l’engagement militaire du Hezbollah dans la guerre en Syrie a dégradé son image de force de résistance à Israël et a affaibli son emprise au Liban.