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BIENVENU SUR LE BLOG DE L'ASSOCIATION DES TITULAIRES DU TITRE DE LA RECONNAISSANCE DE LA NATION ET DU CIVISME ET DÉVOUEMENT SECTION SUISSE.
« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



jeudi 20 février 2014

Une Nation qui perdrait la mémoire perdrait aussi son âme!


Une nouvelle année commence, l’année du centenaire de l’entrée en guerre de
la France et de ses alliés contre les puissances centrales. Par les sacrifices
de centaines de milliers de ses citoyens mobilisés, après cinquante deux mois
de combats acharnés sur mer, sur terre et déjà dans les airs, non seulement sur
notre territoire mais dans toute l’Europe et au-delà, notre Nation finit par
sortir victorieuse de ce conflit. La Marine n’est pas absente de cette
victoire : Y ont participé les fusiliers marins du contre-amiral Ronarc’h dans
les combats de Melle et de Dixmude en octobre-novembre 1914 au cours des
lesquels 50% de leurs effectifs sont mis hors de combat, les marins de la
Marine nationale et ceux des navires marchands chargés d’approvisionner le Pays
en matières premières et denrées alimentaires. Ils ont payé largement leur
tribut avec la disparition des cuirassésLe Bouvet aux Dardanelles en 1915,
Suffren en 1916, Danton et Kleber en 1917, du sous-marin Bernoulli en 1916,
pour ne citer qu’eux sans omettre les quelques 600 cargos coulés par l’ennemi.

A peine un quart de siècle plus tard, un nouveau conflit éclate qui, après
six ans de guerre sur tous les continents, s’achève à nouveau par la victoire
des alliés, moins glorieuse pour la France, mais dont l’honneur est sauf :
n’oublions pas les 120000 de nos marins, soldats et aviateurs tués en résistant
à l’envahisseur entre le 10 mai et l’armistice du 22 juin 1940 comme le
capitaine de corvette Gabriel Ducuing au cap Gris Nez et le premier maître
 L’Her devant Berck le 25 mai, les fusiliers marins commandos morts au champ
d’honneur le 19 août 1942 à Berneval puis à partir du 6 juin 1944 après leur
débarquement à Ouistreham sous les ordres du lieutenant de vaisseau Philippe
Kieffer, les fusiliers marins du 1er RBFM intégré à la 2ème DB du général
Leclerc de Hautecloque libérateurs de Paris, les marins des FNFL disparus avec
leurs bâtiments, le sous-marinNarval en décembre 1940, le croiseur sous-marin
Surcoufen février 1942, les corvettes Alysse et Mimosa en février et juin 1942,
le patrouilleurVikings en avril de la même année, le contre-torpilleur Léopard
en 1943, tous les Français libres et résistants comme le capitaine de corvette
Henri Daillière de l’Aéronavale abattu au large de Freetown le 11 octobre 1942,
le quartier maître radio Bernard Anquetil fusillé le 21 novembre 1942 comme le
lieutenant de vaisseau Honoré d’Estienne d’Orves en août 1941, lui aussi
fusillé au Mont Valérien, les disparus des 1er Bataillon de fusiliers marins
puis 1er régiment de fusiliers marins en Afrique, en Syrie, en Italie, enfin en
France et Allemagne, qui ont payé de leur vie la lutte pour la Liberté ;
n’oublions pas non plus la participation au débarquement de Provence le 15 août
1944 du cuirasséLorraine, des croiseurs Gloire, Georges Leygues, Montcalm,
Emile Bertin, Duguay-Trouin accompagnés de nombreux torpilleurs et
contre-torpilleurs. 70 ans déjà cette année !

2014 est, avec les quatre années suivantes, une année de commémorations et de
souvenir.

Années lourdes de Mémoire.

Mais ne nous trompons pas : il s’agit de remercier nos marins, aviateurs,
soldats et parmi eux les blessés et mutilés, tous ceux qui sont morts au combat
et qui ont par leur sacrifice ultime arraché ces victoires,  et non de rappeler
des erreurs politiques ou militaires.

Non ! Le Souvenir que nous devons rappeler, c’est le glorieux souvenir et
proclamer notre reconnaissance à tous nos ainés qui ont lutté, certains dans la
boue et le froid, d’autres sous un soleil de plomb, mais tous dans la
souffrance, l’abnégation, le don de soi, avec la volonté de gagner ; c’est le
Souvenir qui a transporté de liesse nos arrière-grands-parents et pour certains
d’entre nous nos grands-parents, le 11 novembre 1918 à l’annonce de
l’armistice, puis le 14 juillet 1919 première fête nationale de la paix
retrouvée.

Préparons-nous à déborder de joie et de fierté le 11 novembre 2018, après
cinq années de Souvenir et de recueillement devant les sacrifices de ces
Français vertueux de toute origine, de toute classe sociale, de toute
conviction : nos aînés. Et, de grâce, abstenons nous du dénigrement par le
rappel des erreurs commises.

C’est le plus bel hommage que nous pouvons leur rendre.

Et c’est le vœu que je forme en ce début d’année.

Une Nation qui perdrait la mémoire perdrait aussi son âme.

CC(R) Patrice Brunet

Vice-président du Yacht Club de France

Marine Nationale et Marine marchande

L’histoire, ancienne et récente, ne cesse de nous démontrer la nécessité
sinon l’obligation permanente pour les grands pays que l’on appelle « les
Puissances », grandes ou moyennes, de combiner les atouts que représente la
coexistence d’une marine militaire et d’une marine de commerce. Comme tous les
pays qui comptent ou qui ont durablement compté, la France devrait donc
réaliser que ces deux bras séculiers maritimes peuvent se révéler non
seulement  stratégiquement utiles séparément – l’un militairement et l’autre
économiquement - mais aussi être des instruments indissociables, voire
indispensables l’un à l’autre. Ce fut le cas au temps des marines objectivement
« protégées » (empire colonial) ou voulues par l’Etat (Richelieu, Colbert). Ca
doit l’être ou le redevenir plus encore au moment où notre monde, ouvert à tous
les vents du grand large, est déstabilisé et chamboulé par la puissance
irrésistible du couple maritimisation-globalisation, cet engrenage infernal
pour les uns, ce mouvement refondateur enthousiasmant pour les autres.

Défense, Echanges, Logistique : quelles complémentarités ?

Les deux guerres mondiales, les batailles de l’Atlantique, les batailles de
convois, la guerre totale des sous-marins ont démontré amplement l’enjeu vital
de l’outil logistique que représente la marine marchande. De même, plus près de
nous, la guerre Iran-Irak, les guerres du Golfe, et tout récemment, la
résurgence inquiétante de la piraterie, ont illustré ou illustrent à quel point
la fameuse « route du pétrole », mais aussi les grandes routes d’échanges de
toute nature sont indispensables à la paix du monde, à la vie de la France, au
quotidien des français. Enfin, apparaît plus indispensable que jamais la
nécessité que nos navires de commerce, surtout lorsqu’ils battent notre
pavillon, puissent aller partout dans le monde, et y aller toujours  en cas de
crise pour assurer les besoins vitaux du pays. D’où par exemple l’actualité et
l’importance cruciale des travaux de révision de la loi de 1992, destinée à
garantir le ravitaillement en énergie du pays en toutes circonstances.  Ce
grâce à une flotte pétrolière adaptée, battant pavillon national, et
mobilisable « à tout moment ». Flotte qui, s’il le faut, pourra être protégée
par la Marine nationale, dont la nature sera toujours d’être « l’ultima ratio
regis » sur les mers.

A ce constat s’ajoute celui de l’interpénétration de la logistique civile et
de la défense nationale au sens large, en permanence mais là aussi
particulièrement en période de crise. En permanence d’abord, pour des raisons
évidentes et comme le prouvent les affrètements réguliers (à temps ou au coup
par coup) de différents types de navires de commerce français par le Mindef1 
au niveau national, ou par l’OTAN et l’ONU au niveau international, ou encore
la part significative de conteneurs transportés mondialement directement pour
les besoins de défense de tous les pays. En période de crise « chaude »
ensuite. C’est encore plus évident et toutes les configurations l’ont prouvé,
qu’il s’agisse de Suez en 1956 (où cinquante de nos navires de commerce ont
participé, coordonnés à l’époque par le Comité Central des Armateurs de France)
;  ou de la guerre des Malouines avec les problèmes posés aux Autorités
britanniques par l’obligation d’affréter de nombreux navires civils étrangers
(vu le manque d’unités adaptées battant l’Union Jack) ; ou qu’il s’agisse
encore des différentes mises en place des forces de l’ONU par voie maritime,
comme naguère au Cambodge ou en ex-Yougoslavie par exemple.

En fait les besoins possibles auxquels la marine marchande peut répondre -
dans et pour les Etats qui prétendent avoir une vocation océanique et veulent
exercer une influence réelle sur la marche du monde - ne cessent de se
diversifier et de se multiplier depuis quelques décennies. Leur analyse avait
d’ailleurs été parfaitement faite dans un Bulletin du Commissariat de la Marine
dès les années 80 : « Il devient essentiel pour le pays de disposer à moindre
coût d’un outil logistique maritime qui donne l’autonomie d’action et
l’indépendance. Cet outil peut comprendre des moyens propres [de la Marine
Nationale] mais peut également être constitué des moyens des autres secteurs de
l’activité nationale qui sont de nature à concourir de façon directe ou
indirecte à la réalisation des objectifs de défense… la valeur d’une flotte de
haute mer est non seulement fonction de l’existence et de la qualité de ses
systèmes d’armes, mais encore du potentiel logistique dont elle dispose. La
réalisation de l’équilibre entre les moyens de combat et les moyens de soutien
est difficile à obtenir. Les coûts d’acquisition et de possession des matériels
sont tels que la tentation est grande de concentrer l’effort financier sur les
seuls moyens de combat. Aujourd’hui peut-être, plus que par le passé, la
possession de moyens logistiques [y compris civils] est indispensable ».

Pour résumer, et alors que dans notre monde multipolaire se multiplient les
zones grises, les guerres locales ou régionales, les conflits larvés, les
situations de crise insaisissables, les nouvelles et dangereuses menaces sur
l’ordre international (mer de Chine par exemple), toutes nos forces maritimes
doivent en permanence se situer à leur plus haut degré de disponibilité. Or on
peut douter que ce soit actuellement le cas pour notre pays : raison de plus
pour ne pas baisser encore plus la garde.

La situation française aujourd’hui

A titre d’exemple si l’opération Daguet2, déjà, avait eu lieu pendant la
saison d’été, elle eut été impossible a réaliser, ne serait-ce parce qu’il eut
fallu retirer d’un seul coup quasiment tous les ferries et transbordeurs civils
de leurs trafics commerciaux ; ou encore parce que disposer de vingt navires
marchands simultanément eût été un réel casse-tête (sachant que si l’on veut
disposer d’un navire donné, il en faut au moins trois de même type sous notre
pavillon). Or, depuis cette époque, la situation s’est encore détériorée et il
semble avéré que ni Daguet ni Suez ne pourraient être à nouveau mis en œuvre
avec les moyens dont le pays dispose aujourd’hui. Sans parler d’éventuelles
expéditions ou opérations plus lointaines, auxquelles il serait tout simplement
ridicule de songer en l’état…

A cette problématique du nombre des navires, s’ajoute le corollaire du nombre
de navigants, pour lequel s’impose le constat d’une évolution inquiétante même
si elle n’est pas vraiment récente : celui de la raréfaction de nos navigants
nationaux « au commerce ». C’est l’aspect « réservoir de main-d’œuvre » -
devenu moins directement vrai pour la Marine Nationale elle-même maintenant
qu’elle est hyper-spécialisée et fonctionne essentiellement avec des
professionnels experts dans leur « art » - mais qui reste encore présent par
exemple si la Royale avait besoin de faire appel en complément à des navires
civils militarisés, ou encore en cas de guerre internationale. On peut à cet
égard citer avec un certain sourire une déclaration du député à la Constituante
et grand ancêtre des commissaires de la marine Pierre-Victor Malouet : « C’est
seulement par un grand commerce d’exportation que l’on peut former une armée
navale… », ou encore « Colbert à peine eut-il créé des matelots pour le
commerce qu’il s’en empara pour la guerre, et le développement de la puissance
navale française s’éteignit faute d’aliment ».

Il y a aussi l’aspect, moins présent à l’esprit mais sur lequel faire
l’impasse serait suicidaire, de l’éventuel soutien direct de la marine de
commerce à la marine nationale en opérations. Certes nous sommes maintenant à
des années-lumière de l’odyssée de l’Amiral Graf Spee, cuirassé de poche
allemand, qui pendant le dernier conflit mondial sillonnait les mers à coup de
rendez-vous secrets avec le pétrolier civilAltmark (sans lequel naturellement,
il n’aurait pu pendant des mois remplir sa mission - couler un maximum de
tonnage marchand allié – avec le succès que l’on sait). Mais  il n’est
probablement pas inutile de rappeler l’exemple pionnier plus récent duPort
Vendres, pétrolier civil français ravitailleur d’escadre pendant les années
quatre-vingt, armé cent pour-cent français, totalement intégré à nos forces
navales, et fortement mis à contribution en particulier au Liban, en Lybie, en
Syrie (et pour lequel Ouest-France avait parlé des « fiançailles de la Marine
marchande et de la Marine nationale »). Un affrètement de durée qui serait lui
aussi impossible à renouveler de la même façon aujourd’hui alors qu’il y a
moins de réservistes opérationnels et quasiment plus de marins nationaux « au
commerce » autres que les officiers et quelques maîtres qualifiés. Une
situation rendant plus ardue l’intégration de telles unités dans les forces
navales proprement dites, par manque de personnels français de tous niveaux
(alors que la réponse des personnels civils nationaux a toujours été
exceptionnelle, les syndicats ayant dans l’ensemble compris les nécessités de
l’intérêt national en période de crise).

Tout cela est préoccupant car la France n’a aucune chance de conserver une
position majeure dans le concert international des nations (justifiée pourtant
par sa position actuelle de 5ème puissance exportatrice mondiale) si elle
n’arrive pas à conserver le seuil minimum de marine marchande comme de marine
militaire lui assurant une vraie capacité d’activité, de défense ou
d’intervention en cas de crise. Un seuil avec lequel elle flirte dangereusement
(pour ne pas dire carrément qu’elle est en train de franchir le seuil
d’insuffisance !).

Leçons de l’Histoire ?

Il n’est plus besoin de démontrer l’utilité des leçons de l’histoire, même si
elles se réfèrent à des évènements, des contextes ou des situations
difficilement transposables aujourd’hui, ces « leçons » se situant  moins dans
les faits eux-mêmes que dans les erreurs ou bonnes décisions qui les ont
sous-tendues, et surtout les enchaînements démontrant que rien n’était écrit,
et que tout a dépendu de bons ou mauvais choix. Or cela est évidemment valable
pour l’histoire navale, et plus encore pour les problématiques reliant, y
compris indirectement, marine de guerre et marine de commerce.

Le début et la fin de la glorieuse mais si coûteuse épopée napoléonienne en
sont un bon exemple que l’on pourrait d’ailleurs résumer en quelques phrases,
celles de Meredith : « Nelson obscurcit de la fumée de Trafalgar le soleil
d'Austerlitz » et de l’amiral Dupont : « Trafalgar est le prélude au blocus
continental, à l'extension des guerres en Europe, et à l'effondrement
final...Dès 1805, les Anglais ont gagné ».

De fait, une majorité d'historiens (pas tous cependant, mais les bons !)
pensent que la bataille de Trafalgar doit être considérée comme la mère de
toutes celles qui vont suivre sur terre, jusqu'à la page glorieuse mais
douloureuse de Waterloo. Car le paradoxe n'est qu'apparent de faire de
Trafalgar l'origine et la cause de ce que seront à la fois le Grand Empire et
les coalitions successives qui le détruiront. A deux reprises, j'ai eu
l'honneur de présenter cette opinion, voire d'en débattre, devant des
auditoires à la fois avertis et peu complaisants. La première fois il y a
vingt-huit ans à Toulon, au cours de la leçon inaugurale de l'Ecole du
Commissariat de la Marine, face à tous les officiers de la Préfecture maritime,
la deuxième lors de la leçon de rentrée 2004-2005 de l'Ecole navale. A chaque
fois ce que j'ai dit était simple: « C'est bien Trafalgar qui conduira à
l'erreur funeste du blocus continental, cette arme suicidaire exigeant des
conquêtes de plus en plus démesurées ». Autrement dit, l'expansion du Grand
Empire napoléonien et son effondrement sont les simples conséquences de la
lutte maritime contre l'Angleterre. Et pourquoi ? Parce que grâce à ses marines
militaire et marchande, Albion pouvait déjouer toutes les tentatives impériales
et assurer l'efficacité de son volet logistique, tandis que sans marine de
guerre, Napoléon ne pouvait réellement l'affaiblir, et les navires de commerce
français, comme les navires de guerre rescapés, restaient bloqués dans nos
ports. Alors le blocus pouvait certes générer la gloire:

« Tranquille, souriant à la mitraille anglaise

La Garde impériale entra dans la fournaise»

Mais le blocus ne pouvait que faire illusion face aux manques de moyens
navals nécessaires pour briser les forces maritimes ennemies (marchandes et
militaires) qui narguaient la puissance impériale. On peut même considérer que
les victoires terrestres de l’empereur étaient à la fois indispensables – sinon
pas de blocus continental possible - et tout à fait inutile à terme. Autrement
dit, c’était sur la mer que se jouait la guerre commerciale, et la défaite
finale était programmée. En outre, sans la suprématie maritime de la
Grande-Bretagne, Wellington, le vainqueur de Waterloo, n’aurait pu ni débarquer
au Portugal, ni s’y maintenir et assurer la logistique lui permettant de
traverser l’Espagne.

Dès lors, les leçons s’imposent : importance de la marine marchande en tant
qu’outil logistique d’un Etat pour ses propres approvisionnements et pour son
commerce international ; importance d’une marine nationale puissante (la Royal
Navy de l’époque) pour protéger cet outil logistique (les marines marchandes
des coalisés), et pour « fixer » les forces navales ennemies (seuls les
corsaires se battaient sur mer pour la France, et ils ont eu beau effectuer
5324 prises entre 1803 et 1814, cela n’a représenté que 2.5% du total
fréquentant les ports anglais), forces ainsi immobilisées qui ne pouvaient dès
lors empêcher les activités anti-blocus continental. En un mot, sa logistique
est passée et l’Angleterre a vaincu ! Nelson, le mort de Trafalgar, avait dit :
« Nous ne pouvons pas toujours décider du sort des empires sur les mers », et
pourtant il est clair, comme l’a encore écrit Tomasi, que « l’infériorité
navale de Napoléon est bien la cause profonde de ses défaites militaires ».

Quelle coopération « Marmar-Marnat » aujourd’hui ? Et le pavillon ?

Pour revenir à notre actualité, il est significatif que  le groupe de travail
synergie « Coopération Marine nationale-Marine marchande » du Cluster Maritime
Français ait identifié trois domaines où les deux marines peuvent accroître
leur efficacité l’une vis-à-vis de l’autre: l'information-renseignement, les
réserves, et enfin l'appui logistique (ce dernier constituant le défi majeur,
d'autant que, comme déjà indiqué, l'expérience des Malouines a démontré que se
reposer sur des navires marchands étrangers pour assurer la logistique n'était
pas idéal en cas de crise ou de guerre). Enfin, sur ce plan et à l'heure où les
investissements de défense sont de plus en plus « contraints », il est apparu
que consacrer les moyens de la Marine nationale en priorité aux navires de
combat pourrait être approprié (comme le pressentait il y a déjà trente ans le
Bulletin du Commissariat précité) sous la condition de ressusciter les concepts
de COPAND3, FAO4, FMC5, moyens de gestion de crise dont l’efficacité fut
démontrée dans le passé.

Un mot, avant de conclure, de la nature et des avantages d’un pavillon
national pour les navires de commerce. Bien souvent en effet, on entend dire
que la notion de pavillon est dépassée à l’heure de l’internationalisation de
tout : du commerce, des capitaux, de la gestion des flottes, des contrôles, de
la complaisance… Et bien non ! Ces raisonnements sont tendancieux, en tout cas
sur le plan de la Défense ! Car le pavillon reste la seule véritable assurance
politique, le seul vecteur de souveraineté incontestable, le seul outil qui
garantisse au minimum la disponibilité des navires, la possibilité de les
réquisitionner, l’existence à bord d’états-majors et de postes-clés détenus 
par des nationaux. Toutes ces raisons militant naturellement pour que les
Pouvoirs Publics ménagent en permanence un cadre compétitif (ou protégé pour
des raisons de souveraineté) permettant aux armateurs (qui le souhaitent bien
sûr!) de conserver au moins une bonne partie de leur flotte sous pavillon
national.

Océanides et Thémistocle !

De tous temps, puissance et prospérité des Etats ont eu un lien avec
l‘implication maritime des pays concernés. Semblent en témoigner les exemples
d’Athènes, de Venise, de Gênes, des villes hanséatiques, de l’Espagne et du
Portugal au siècle des découvertes, de l’empire britannique aux 18ème et 19ème
siècles, de la Hollande de Rotterdam, Amsterdam et De Ruyter, ou encore de
Hong-Kong, Singapour, Dubaï, Shanghai aujourd’hui. Tout aussi significatif est
le fait que ce postulat est celui sur lequel reposent les recherches du projet
« Océanides » (plus de 300 chercheurs, sur 5 continents et 5 millénaires).

Oui, notre France, encore sous l’influence de sa culture terrestre, continue
de trop ignorer que, comme du temps de Thémistocle et plus que jamais à notre
époque « la survie de la cité repose sur la vertu et la compétence de ses
marins », et j’ajouterais volontiers « de TOUS ses marins ».

Francis Vallat

Président du Cluster Maritime Français

Président d’honneur de l’Institut Français de la Mer



1 Ministère de la Défense

2 Transport de toute une brigade mécanisée pendant la première guerre du Golfe

3 Commission Permanente pour l’Adaptation des Navires à la Défense

4 Force Auxiliaire Occasionnelle

5 Force Maritime de Complément

Rappel de mémoire

Quelques dates de l’histoire de la marine… et des marins

1ère guerre mondiale : la Grande Guerre

11 janvier 1915 – A Saint-Pol-sur-Mer près de Dunkerque, Raymond Poincaré,
président de la République, remet au contre-amiral Pierre-Alexis Ronarc’h le
drapeau des fusiliers marins qui se sont illustrés à Dixmude et à Ypres en
cassant l’avancée allemande. Il déclare : Vos officiers vous ont donné partout
l’exemple du courage et du sacrifice, et partout, vous avez accompli sous leurs
ordres des prodiges d’héroïsme et d’abnégation. En conduisant ce drapeau à la
victoire, vous ne vengerez pas seulement nos morts, vous mériterez l’admiration
du monde et la reconnaissance de la postérité.

3 février 1915 – L’armée turque attaque le canal de Suez. L’artillerie du
cuirassé garde-côtesRequin et du croiseur D’Entrecasteaux contribue à l’échec
de cette offensive.

19 février 1915 – L’expédition des Dardanelles est enclenchée avec pour
objectif l’occupation des Détroits et l’accès à Constantinople. La flotte
française sous les ordres du contre-amiral Émile Guépratte comprend les
cuirassésBouvet, Suffren, Gaulois et Charlemagne, des contre-torpilleurs, des
sous-marins et des dragueurs de mines.

23 février 1915 – La compagnie de débarquement du croiseur cuirassé Desaix
s’empare provisoirement d’Akaba, deux ans avant le coup de main du colonel
Lawrence.

18 mars 1915 – Pendant le bombardement par la flotte franco-britannique des
forts du détroit des Dardanelles, le cuirasséBouvet heurte une mine et coule en
deux minutes avec son commandant, le capitaine de vaisseau Rageot de la Touche
et 638 hommes.

27 mars 1915 – Bombardement par la troisième escadre commandée par le
vice-amiral Louis Dartige du Fournet, de dépôts de pétrole et d’usines à Gaza.

27 avril 1915 – Le contre-amiral Victor Senès, commandant de la deuxième
division de la première escadre légère à bord du croiseurLéon Gambetta,
disparaît volontairement avec son navire torpillé dans le canal d’Otrante par
le sous-marin autrichien U 5. 135 hommes seulement sont sauvés sur les 821 que
compte l’équipage.

9 janvier 1916 – Suite aux offensives austro-allemandes et bulgares en
Serbie, les alliés décident d’évacuer l’armée serbe. Le vice-amiral Paul
Cocheprat appareille avec une escadre de quatre croiseurs et des troupes pour
sécuriser le port de Corfou destiné à la recevoir : du 17 janvier au 20
février, 143 000 hommes de l’armée serbe sont évacués vers ce port et sont
ensuite transportés à Salonique où ils rallient l’armée d’Orient.

13 janvier 1916– Le sous-marin Foucault commandé par le lieutenant de
vaisseau Lemaresquier torpille au large de Cattaro en Adriatique un croiseur
autrichien.

9 février 1916 – Les flottes alliées terminent le rembarquement de 145 000
hommes, 15 000 chevaux et 400 canons après l’échec de l’opération des
Dardanelles. Cette manœuvre amphibie s’est déroulée pendant deux mois sous le
bombardement ennemi et a valu les éloges du général Joffre : le commandant en
chef des armées françaises s’associe aux sentiments d’admiration du général
Brulard pour la marine française.

26 février 1916 – Le croiseur auxiliaire Provence II, commandé par le
capitaine de frégate Henri Vesco est torpillé par le sous-marin allemand U 35
au large du cap Matapan alors qu’il transporte 2000 soldats de l’infanterie
coloniale vers Salonique. Plusieurs centaines d’hommes disparaissent en mer
avec le commandant.

14 janvier 1917 – Le sous-marin Archimède commandé par le lieutenant de
vaisseau du Paty de Clam coule un transport autrichien en Adriatique. C’est le
quatrième succès de ce sous-marin.

15 janvier 1915 – Le lieutenant de vaisseau Henri Fournier, commandant le
sous-marinSaphir, disparaît avec son bâtiment lors de la tentative de
franchissement des Dardanelles pour aller opérer en mer de Marmara. Les
sous-marinsJoule et Mariotte tenteront en mai et juillet la même opération. Le
sous-marinTurquoise réussira en octobre, opèrera 10 jours devant
Constantinople, mais s’échouera au retour et sera capturé par les Turcs. Seul
le sous-marinBernouilli, commandé par le lieutenant de vaisseau Defforges,
réussira à remonter le détroit jusqu’à Tchanak et à ressortir dans la journée
du 29 avril 1915.

19 mars 1917 –Le cuirassé Danton est coulé au large de San Pietro par le
sous-marin allemand U 64 ; le capitaine de vaisseau Joseph Delage et 300 hommes
y trouvent la mort. Le capitaine de vaisseau Delage commandait le premier
régiment de fusiliers marins dans la brigade de l’amiral Ronarc’h lors des
combats de l’Yser et de Dixmude en 1914 où il fut blessé.

24 avril 1917 – Dans la nuit du 24 au 25 avril, le contre-torpilleur Etendard
commandé par le lieutenant de vaisseau Pierre Mazaré effectue des missions de
protection du trafic allié en mer du Nord et dans la Manche. Il est pris à
partie par plusieurs contre-torpilleurs allemands au large de Dunkerque et
disparaît en mer avec la totalité de son équipage.

26 mars 1918 – Lors des offensives de Ludendorff du 21 mars au 10 juin 1918,
les batteries mobiles armées par les canonniers marins participent aux combats
aux côtés de l’armée de terre afin de briser les attaques allemandes.

11 janvier 1919 – La division des flottilles de l’Adriatique reçoit une
citation à l’ordre de l’Armée de mer :Pendant plus de trois ans dans le
voisinage de l’ennemi, toujours en alerte, toujours prête, la division a
conservé jusqu’au dernier jour son ardeur et son esprit d’offensive malgré des
pertes s’élevant au quart de son effectif de torpilleurs et à la moitié de son
effectif de sous-marins.



2ème guerre mondiale

23 février 1940 – Le torpilleur Simone commandé par le capitaine de corvette
Bataille grenade puis éperonne le sous-marin allemand U 54. Au total, 18
sous-marins allemands sont coulés par les alliés pendant les neuf premiers mois
de la guerre.

1er avril 1940 – Mort à Paris du vice-amiral Pierre-Alexis Ronarc’h,
commandant de la brigade de fusiliers marins durant la Grande Guerre. Avec ses
hommes, il résista dans des conditions effroyables aux offensives allemandes
entre Nieuport et Ypres sur l’Yser et conserva sa position en perdant la moitié
de ses effectifs.

19 avril 1940 – Les croiseurs auxiliaires El –Djezaïr, El-Mansour, El-Kantara
etVille d’Oran, protégés par le croiseur Emile Bertin et les contre-torpilleurs
Tartu et Chevalier Paul débarquent à Namsos en Norvège trois bataillons de
chasseurs et une brigade britannique. Parallèlement à ce débarquement, une
opération combinée franco-britannique est déclenchée à Narvik le 27 avril avec
l’appui de trois porte-avions anglais, de croiseurs et de destroyers anglais et
français dont lesTartu, Milan et Chevalier Paul : les troupes du général
Béthouard chasseront les allemands de Narvik le 27 mai.

8 février 1942 – La corvette Alysse des Forces Navales Françaises Libres,
commandée par le lieutenant de vaisseau Pépin Lehalleur, basée à Saint-Jean de
Terre-Neuve, participe à l’escorte de convois entre le Canada et l’Islande.
Elle est torpillée par un sous-marin allemand pendant l’escorte d’un convoi
vers Terre-Neuve. 35 marins sont portés disparus.

15 février 1942 – Le premier bataillon de fusiliers marins des FNFL, commandé
par le lieutenant de vaisseau Hubert Amyot d’Inville, arrive à Bir Hakeim et se
voit confier la défense antiaérienne du site.

18 février 1942 – Le sous-marin Surcouf des FNFL commandé par le capitaine de
frégate Georges Blaison fait route vers Panama pour rallier les forces alliées
du Pacifique. Non informées de l’existence d’un sanctuaire, deux escadrilles de
l’US Air Force patrouillent dans la zone à la recherche de sous-marins
allemands. Au large de Panama, trois de leurs appareils bombardent et
détruisent le 18 février dans la nuit « un très grand sous-marin ». Cette
attaque figurera au journal de leur formation. 126 officiers et marins français
ainsi qu’un officier et deux marins anglais de l’équipe de liaison, sont
victimes de cette tragique méprise.

10 avril 1942 – Le capitaine de corvette Charles de Scitivaux de Geische du
Squadron 340  Ile de France  des Forces Françaises Libres, participe à la
bataille d’Angleterre. Au cours d’un combat aérien, son avion est abattu et il
est fait prisonnier.

5 janvier 1943 - Le lieutenant de vaisseau Georges Millé, commandant du
sous-marinProtée, disparaît avec son bâtiment au large de Cassis lors d’une
mission de renseignement.

7 février 1943 – En Atlantique Nord, la corvette Lobélia coule le sous-marin
allemand U 609.

8 février 1943 – Le vice-amiral d’escadre Hervé de Penfentenyo est arrêté à
Nantes par la Gestapo et déporté en Allemagne.

11 mars 1943 – La corvette Aconit des Forces Navales Françaises Libres
commandée par le lieutenant de vaisseau Jean-Marie Levasseur, coule dans la
même journée les sous-marins allemands U 444 et U 432.

4 février 1944 – Le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff se porte volontaire
pour assurer des missions de renseignement dans la France occupée. Parachuté en
Bretagne en juin 1943, il est arrêté près de la pointe du Raz alors qu’il
s’apprête à rallier Londres. Il mourra en juillet 1944 dans un train de
déportation vers Dachau.

5 février 1944 – Le lieutenant de vaisseau Henri de Pimodan, affecté à Paris
au service de reclassement du personnel démobilisé, est membre de
l’Organisation de Résistance de l’Armée sous les ordres du capitaine de
vaisseau Marie-Mathieu Pothuaux. Il est arrêté par la Gestapo et déporté en
Allemagne où il meurt au camp de Ludwigslust.

1er mars 1944 – Les croiseurs légers Terrible et Malin, commandés par les
capitaines de frégate Pierre Lancelot et Jean Hourcade, forment avec leFantasque
la 10e division de croiseurs légers placée sous commandement britannique. Ils
réaliseront au cours du premier semestre 1944 plus de 80 raids contre des
convois allemands. Dans la nuit du 29 février au 1er mars, le Terrible et le
Malinattaquent avec succès en Adriatique un convoi, coule un cargo et la
corvette UJ 201, et avarient deux torpilleurs et une autre corvette allemande.

19 avril 1944 – Le Richelieu, commandé par le capitaine de vaisseau Roger
Lambert, rallie l’Eastern Fleet de l’amiral Sommerville et participe à
l’opération alliée contre les forces japonaises à Sabang.

30 janvier 1945 – Incorporé à la 1ère division motorisée d’infanterie, le 1er
régiment de fusiliers marins participe à la campagne d’Italie, au débarquement
de Provence et à la campagne de France. Il éclaire la marche de la DMI vers le
Rhin et, au pont de Marckolsheim, ouvre le passage aux blindés de la 2ème DB et
du RBFM.

30 avril 1945 – Le Richelieu, commandé par le capitaine de vaisseau Gabriel
Merveilleux du Vignaux, est à nouveau dans l’océan Indien et participe au
bombardement des installations japonaises sur l’île de Nicobar

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