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mercredi 5 mars 2014

Malgré des réserves, le Parlement autorise la prolongation de l’opération Sangaris à une large majorité

Une opération rapide, avec 1.600 hommes, un nombre alors jugé “suffisant” au moment de son lancement en Centrafrique, le 5 décembre dernier. Depuis, il est apparu que la situation centrafricaine est beaucoup plus compliquée et que les moyens militaires engagés pour y répondre étaient insuffisants.

Ce qu’a reconnu Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lors du débat au Parlement sur la prolongation de l’opération Sangaris. “Oui, il faut bien le dire, les difficultés sont considérables”, a-t-il lancé à tribune, tout en affirmant que “la France ne les sous-estime pas et ne cherche pas à les minimiser”, après avoir fait état de “premiers progrès réels” et d’une “perspective” qui “se dessine”, grâce à l’intervention française et aux troupes africaines de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA).

Pour le chef du gouvernement, “une opération de maintien de la paix sous casque bleu (…) paraît seule à même de répondre aux besoins de la Centrafrique” et “permettra de garantir les renforts nécessaires, sur le plan militaire, et d’assurer, sur le plan civil, le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des combattants, ainsi que l’organisation des élections”, prévues en février 2015.

Une décision sur le déploiement de casques bleus en République centrafricaine devrait être prise d’ici le début du mois de mars. Dès, a poursuivi M. Ayrault, la “France pourra réduire son effort et maintenir une présence en appui à l’opération des Nations unies” Mais, a-t-il ajouté, “elle n’a pas vocation à se substituer aux forces internationales, auxquelles il incombe d’assurer, dans la durée, la sécurisation de la Centrafrique. Et “d’ici-là, il nous revient de continuer à assumer nos responsabilités. C’est un défi, mais c’est aussi – et j’y insiste – l’honneur de la France”, a-t-il conclu.
Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a réfuté l’idée de tout enlisement à ce stade. “Mais que sont deux mois et demi pour un pays plongé depuis des décennies entières dans un chaos politique ancien et complexe, qui a fini par ébranler l’unité même de son peuple?”, a-t-il demandé.

Par la suite, le député socialiste a centré son propos sur les enjeux de la crise en Centrafrique, pays “au carrefour de la région des grands lacs, de l’Afrique de l’Est et du Sahel” dont l’incapacité à contrôler son territoire serait “une véritable aubaine pour les réseaux terroristes et mafieux, ainsi que des trafics en tout genre – ivoire, diamant, êtres humains, armes lourdes et légères, drogue”.
Et d’ajouter : “Empêcher l’effondrement de la République centrafricaine, c’est éviter la déstabilisation, par un effet « dominos », du Cameroun, du Soudan, de la République démocratique du Congo ou encore du Tchad voisins. Il me semble que la RCA est bien une poudrière en puissance, et l’aurait été si nous n’étions pas intervenus, pour l’ensemble du sous-continent, comme ont pu l’être les Balkans au siècle dernier”.

Si, sur les bancs de l’opposition, la prolongation de l’opération Sangaris a été soutenue (à l’exception de quelques-uns de ses “ténors” , dont Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez”, ce n’est pas sans réserves. “Détourner le regard de cette région du monde où la France a une histoire si particulière serait incompréhensible” a fait valoir Christian Jacob, le président du groupe UMP.

Ce dernier a insisté sur la faiblesse des moyens militaires engagés (en allant même jusqu’à demander un moratoire sur la déflation des effectifs de l’armée de Terre, qu’il a décrite comme étant une “aberration”), ainsi que sur le risque de voir l’opération Sangaris s’éterniser. “En vérité, vous nous emmenez dans un piège terrible, terrible car la France ne peut plus repartir, à moins de prendre le risque insoutenable de déclencher un génocide dans ce pays. Les plus fanatiques attendent le signal du déchaînement de la haine, et ce signal sera le départ de nos soldats”, a affirmé Christian Jacob. D’où le choix de voter favorablement à la poursuite de l’opération Sangaris, même si, comme le chef de file des députés UMP l’a rappelé, en d’autres temps, François Hollande avait “défendu une motion de censure portant sur l’engagement de nos forces en Afghanistan”.

Pour l’UDI, le député Philippe Folliot a indiqué partager les mêmes doutes que l’UMP, en les exprimant, toutefois, d’une manière un peu plus mesurée. Quoi que… “Il faut bien l’admettre (…) cette intervention s’inscrira dans la durée, contrairement à ce qu’avait solennellement promis le Président de la République aux Français en engageant les forces françaises en décembre dernier. Par méconnaissance, calcul ou inconstance, force est de constater qu’il s’est trompé – voire qu’il nous a trompés”, a-t-il affirmé.

Par ailleurs, l’élu centriste ne croit pas à la tenue d’élections d’ici février 2015 étant donné qu’il “n’existe aucune force politique nationalement structurée, aucun fichier électoral, ni même aucun recensement”. Aussi, a-t-il continué, “les réalités sont là et l’excès de mots se heurte à l’insuffisance des moyens”.

Sur cette question, Philippe Folliot déplore que “l’ampleur de la situation sur place a été sous-estimée et que les forces militaires dépêchées sur place sont insuffisantes – 2 000 Français et 6 000 Africains de la MISCA, alors que les experts évaluent le besoin à plus de 30 000 soldats – pour stabiliser le pays” et que “la tâche de nos soldats se révèle donc bien plus complexe que nous ne l’avions imaginée, la situation étant de plus en plus intenable”.

Par ailleurs, le groupe UDI se réjouit évidemment de l’envoi en Centrafrique “d’une force européenne”. Seulement, M. Folliot a estimé qu’”un acte politique fort, dans une opération de cette nature, ne saurait se résumer à un acte symbolique tel que celui-ci, d’autant que cette force serait pour le moment composée en grande partie de Français, de nos amis estoniens et géorgiens ainsi que de quelques éléments roumains et polonais. Mais tous les grands pays européens en sont absents car, en réalité, l’Europe ne nous suit pas”.

Le co-président du groupe écologiste, François de Rugy, a quant à lui insisté, là aussi, sur la faiblesse des moyens engagés. Et de proposer que la France “double” ses “effectifs militaires présents sur  le théâtre centrafricain, en une fois et pour un délai de quatre mois, soit le temps de rotation d’une mission extérieure”. Selon lui, l’envoi de 400 hommes supplémentaires est insuffisant. “Cette tactique d’incrémentation est généralement inopérante dans la mesure où elle contribue à alimenter la résilience des groupes armés et échoue à produire un effet dissuasif massif”, a-t-il fait valoir.
Enfin, au nom du groupe de la gauche démocrate et républicaine, le député André Chassaigne – qui s’est abstenu – a expliqué que “les parlementaires du Front de gauche refusent de signer un blanc-seing en faveur de l’intervention française” mais que “face à cette situation de chaos”, il n’est pas possible “de retirer nos troupes” et d’”abandonner le peuple centrafricain à son triste sort”.
Au final, les députés ont donc voté la prolongation de l’opération Sangaris, avec 428 voix pour, 14 contre et 21 abstentions, sur 463 votants (ndlr, il y a 577 sièges…). Même chose au Sénat (voir le compte-rendu des débats ici) où l’on compte 328 voix pour et 15 abstentions (il y a 348 sièges au Sénat). Seulement trois sénateurs se sont prononcés contre.

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