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vendredi 4 juillet 2014

ANT-TRN diffusion Générale : la Mutinerie du Cuirassé Potemkine

En désaccord au sujet du contrôle de la Corée et de la Mandchourie, l’Empire du Japon et l’Empire russe entrent en guerre en février 1904. Le conflit vient raviver l’hostilité des Russes envers le régime autocratique de Nicolas II qui s’exprime depuis 1902 par des émeutes de plus en plus fréquentes dans toutes les classes sociales.
Le 22 janvier 1905, une manifestation populaire de grévistes sur la place du Palais d’hiver à Saint Pétersbourg se solde par des tirs de l’armée impériale sur la foule. L’indignation est à son comble face à la répression sanglante et ce fameux « dimanche rouge » sonne le préambule de la révolution russe de 1905.


En mai, suite à la cinglante défaite des Russes à la bataille de Tsushima, la fièvre révolutionnaire se propage dans les bâtiments de guerre. Les officiers ont bien du mal à faire respecter leur discipline sévère. Si les meilleurs officiers et les soldats aguerris sont envoyés sur le front, l’armée recrute des paysans sans éducation et sans l’expérience du feu pour remplir les navires qui s’exercent en mer Noire. C’est le cas du cuirassé Potemkine dirigé par le capitaine de vaisseau Golikov, et son capitaine de frégate Guiliarovski. La réputation de bienveillance du premier n’a d’égale que la renommée d’intransigeance du second.


Le 26 juin au soir, comme de coutume, le bâtiment est ravitaillé au large d’Odessa. Au petit matin, les bleus découvrent les carcasses de viande pendues ; avariées, fétides et infestées de vers… La colère gagne le pont. Smirnov, le médecin de bord, examine la livraison et la décrète comestible sous condition qu’elle soit lavée avec du vinaigre. La moutarde monte au nez de l’équipage d’autant que le quartier-maître et militant marxiste Matouchienko l’engage à se révolter. Le déjeuner arrivant, les hommes refusent donc de manger le bortsch qu’on leur sert. Le commandement du Potemkine pimente la situation en rassemblant tous les hommes sur le pont sous le battement des tambours. Le commandant leur explique que c’est à prendre ou à laisser, mais personne ne se soumet à son autorité. Le second met de l’huile sur le feu en réclamant une bâche…. Bien qu’incultes, les membres de l’équipage connaissent la tradition qui consiste à recouvrir les mutins d’une bâche avant de les fusiller.


Les circonstances précises de la rébellion ne sont pas tout à fait connues, mais il ne fait aucun doute que Guiliarovski abat mortellement un homme qui le menace et le blâme sur les conditions de vie à bord. Matouchienko profite de la confusion pour entrainer tous les matelots à la mutinerie. Le commandant, le capitaine, le médecin, l’aumônier et la majorité des autres officiers qui ne soutiennent les insurgés sont abattus et jetés à la mer. Un « comité du peuple » composé de trente hommes est désigné pour diriger le bâtiment. A sa tête : Matouchienko. Arborant le drapeau rouge de la révolution, le Potemkine et son navire ravitailleur s’avancent vers le port d’Odessa où des cellules actives de contestataires font régner un climat d’insurrection. Le chef de file de la mutinerie sait qu’il trouvera un soutien dans la ville portuaire où la loi martiale a été instaurée le matin même par le général Kokhanov.


Constantin Feldmann, l’étudiant instigateur des révoltes d’Odessa, accueille avec joie le navire, certain que cette arrivée surprise peut faire plier à sa cause ceux qui hésitent encore à se révolter. Les alliances faites, le corps du marin tué pendant la mutinerie est exposé sur le port où défilent une foule d’ouvriers, grévistes et révolutionnaires pour rendre hommage à leur mort avant de monter dans la cohue l’escalier monumental Richelieu (construit par un neveu du cardinal), qui relie le port à la ville. A sa base et son sommet, des détachements de cosaques à cheval cueillent les insoumis et les massacrent. Un nouveau bain de sang…


Le lendemain du carnage, le comité du peuple trouve un accord avec les autorités qui promettent de déposer les armes le temps des funérailles du défunt. L’armée tient parole, mais charge aussitôt l’inhumation terminée. Odessa est à nouveau le théâtre de violences inouïes. On parle de six mille victimes. Matouchienko décide de bombarder la ville. A bord, les mutins manipulés par un leader extrémiste commencent à penser qu’un malheureux petit bout de viande les a conduits à la folie.


Le Potemkine et son ravitailleur décident de rejoindre Sébastopol lorsqu’une flotte envoyée par le gouvernement navigue vers eux. Matouchienko parvient à les intimider et même à retourner l’un des cuirassés dont les officiers ont été neutralisés par l’équipage. Fort de trois navires, le comité du peuple souhaite revenir à Odessa pour engager la population dans la cause révolutionnaire. Mais, le Georges-le-Victorieux compte peu de militants convaincus, et déjà beaucoup de marins qui regrettent leur acte préfèrent se replier sur Odessa. Le commandant du Potemkine ordonne de faire feu sur le navire traitre, qui s’échoue.


Il n’est désormais plus possible pour les mutins de rester dans l’Empire aussi mettent-ils le cap vers Constan?a, en Roumanie, où ils espèrent obtenir l’asile politique. Refusant d’abord que le Potemkine se ravitaille, le roi Carol Ier accepte d’offrir aux insurgés l’asile contre leur reddition le 3 juillet. La grande majorité de l’équipage accepte, mais Matouchienko saborde le navire avant de poser pied sur le sol roumain.


Environ six cents hommes demeurent en Roumanie où ils s’installent en petite communauté pour faciliter leur adaptation. Parmi les mutins rentrés en Russie, une soixantaine est jugée et écope de travaux forcés en Sibérie ou peines de prison. Feldmann parvient à s’échapper de sa prison et à rejoindre l’Autriche où il rédige The Revolt of the Potemkine. Quant à Matouchienko, il rentre avec quatre camarades en Russie en 1907 lorsque Nicolas II leur promet une amnistie. Installé sous un nom d’emprunt à Odessa et mêlé au milieu anarchiste, il est reconnu, arrêté et pendu.


La mutinerie du cuirassé Potemkine, devenu un mythe historique après la réalisation du film muet de Sergueï Eisenstein vingt ans après l’événement, s’inscrit dans une révolution qui fragilise terriblement le régime tsariste et annonce les prémices de la révolution de 1917, la chute de l’Empire russe, et la montée du communisme. Lénine qualifie de « territoire invaincu de la Révolution » l’épisode qui le réjouit comme étant une victoire décisive sur le régime impérial…
Chacun sa vision des choses, chacun son idéal, sa lecture de l’histoire et ses satisfactions.


Albane de Maigret (BM)

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