c

BIENVENU SUR LE BLOG DE L'ASSOCIATION DES TITULAIRES DU TITRE DE LA RECONNAISSANCE DE LA NATION ET DU CIVISME ET DÉVOUEMENT SECTION SUISSE.
« Personne n'est assez fou pour préférer la guerre à la paix : dans la paix, les fils ensevelissent leur père ; dans la guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Hérodote



samedi 20 septembre 2014

20 Septembre 1946 :Raimu rendait l'āme


Le 20 septembre 1946 lors de la soirée d’inauguration du premier vrai festival de Cannes (le premier ayant dû être arrêté en raison de la déclaration de la guerre en septembre 1939), la projection en cours est interrompue et une minute de silence est réclamée aux spectateurs. Le septième art vient de perdre l’un de ses monstres sacré ; Raimu a rendu l’âme.
Quelques jours plus tard en l’église Saint Philippe du Roule, la foule innombrable venue accompagner dans son ultime demeure le comédien, écoute bouleversée ces hommages trempés d’émotion :
Maurice Rostand déclame :
« Quand s’éteint cette voix
Fameuse et familière
Pagnol pleure ici-bas
Là-haut pleure Molière ».
Marcel Pagnol débonde son cœur : « On ne peut faire un discours sur la tombe d'un père, d'un frère ou d'un fils, et tu étais pour moi les trois à la fois ».
Joseph Muraire, simple tapissier toulonnais, devait avoir quelque ambition pour son fils en le baptisant en toute simplicité Jules Auguste César, mais pour autant ignorait que ce dernier prénom serait prémonitoire d’une interprétation, si ce n’est impériale, majestueuse. Peu enclin aux études, le petit Jules est fasciné par les spectacles de music-hall qu’il va voir en cachette, et qui éveillent en lui une vocation d’artiste. « Pas de saltimbanque dans la famille » décoche un père furieux à son adolescent, l’obligeant à travailler dans l’échoppe familiale.
Jules se charge d’encaisser les mauvais payeurs parmi les clients de la boutique, et en renflouant les caisses de l’affaire déraidit la rigidité paternelle et gagne un peu de liberté. Liberté chérie qu’il met à profit pour se produire en douce comme comique troupier dans de modestes cabarets ou guinguettes de la région sous le nom de Rallum, en 1900. Le succès n’étant pas au rendez-vous, Rallum va de petit boulot en petit boulot jusqu’à ce qu’il décroche un poste de souffleur au théâtre de l’Alcazar, la célèbre institution marseillaise.
Un soir où le premier rôle de la pièce est souffrant, Jules propose de le remplacer garantissant qu’à force de souffler le texte chaque soir, il le connait par cœur. Difficile d’annuler la soirée, difficile de refuser l’offre de l’employé. Le souffleur monte sur les planches et assure la prestation avec brio.
Il est engagé dans la troupe et commence sa carrière de comédien sous un nouveau nom de scène : Raimu. Le jeune homme en impose autant par sa taille et son ampleur physique que par sa voix énergique à l’accent méridional. Raimu devient une vedette provençale sur les pas de Fernandel. Les revues s’enchaînent, les tournées s’accélèrent…
Le chansonnier à succès toulonnais Félix Mayol repère son congénère et lui propose des rôles dans le cabaret qu’il s’est offert à Paris, le concert Mayol. Raimu se produit dans les grandes salles de la capitale et parfois même fait une apparition au cinéma, un support alors muet qui ne lui convient pas, tant sa voix tonitruante lui est nécessaire pour s’exprimer.
Réformé en 1915, il quitte le front pour retrouver les planches parisiennes. Georges Feydeau, Rip, Louis Verneuil, ou Yves Mirande se l’arrachent mais c’est Sacha Guitry qui lui offre son vrai premier rôle avec Faisons un rêve, une pièce écrite pour lui en 1916. Raimu est désormais reconnu par les passants lorsqu’il flâne aux terrasses du Café de Paris ou de Maxim’s, et forge son image de dandy coquet et raffiné comme Jean Cocteau lui-même le souligne : « L'élégance vestimentaire de Raimu était exquise. A côté de lui on avait l'air d'un clochard... ».
Alors qu’il fait partie de la troupe de Léon Volterra – l’imprésario de Mistinguett ou Maurice Chevalier – le comédien est dérangé dans sa loge par un homme venu lui vendre un rôle écrit spécialement pour lui. Marcel Pagnol lui propose d’interpréter Panisse dans sa pièce Marius. L’homme et la pièce ont beau avoir l’accent de sa Provence natale, Raimu refuse prétextant que c’est à César qu’il ressemble. Appuyé par Volterra, Pagnol corrige son texte pour donner de l’ampleur au personnage de César-Raimu.
La représentation au Théâtre de Paris en 1930 est un triomphe. « Monsieur Raimu est grandiose et l’on se demande par quel miracle ce bloc sonore arrive à traduire avec une si merveilleuse justesse les plus délicates nuances » écrit James de Coquet dans Le Figaro du lendemain. Marcel Pagnol lance réellement sa carrière et son acteur principal est un réel atout. Enormément investi dans la mise en scène et le casting, on lui doit la scène culte de la partie de cartes avec le fameux « Tu me fends le cœur ». En effet, Marcel Pagnol avait décidé de la couper, mais le soir de la générale, Raimu et l’ensemble de la troupe complice l’ont jouée par surprise avec la maestria que l’on connaît. Le soir même, Pagnol reconnaissant et admiratif glisse ce mot dans la loge de l’acteur : « Monsieur Raimu est un génie. 1930. Marcel Pagnol ». L’acteur confiera à sa fille Paulette que ce fut le plus beau cadeau de sa carrière.
La longue collaboration Pagnol-Raimu ne fait que commencer avec ce premier volet de la trilogie marseillaise. Raimu, acteur fétiche de l’écrivain-dramaturge-cinéaste d’Aubagne, impressionne ses pairs par son instinct infaillible et son perfectionnisme extrême qui l’entraine souvent vers des colères légendaires. Sous son aspect bourru, Raimu est un tendre qui refuse de travailler le jeudi après-midi « parce que le jeudi, c’est le jour de la petite ».
Lorsque le cinéma parlant arrive en France au début des années tente, Raimu joue autant devant des spectateurs que les caméras. Le théâtre le consacre en 1943 lorsqu’il entre à la Comédie Française, et le cinéma couronne l’ensemble de sa carrière par un très bien nommé César posthume, en 1983.
Acteur majeur de l’âge d’or du cinéma français, partenaire de Michèle Morgan, Fernandel, Pierre Fresnay, Ginette Leclerc, Jean Gabin, Orane Demazis et tant d’autres, incarnation d’un cinéma sincère et sans artifice, Raimu est considéré par Orson Welles comme « le plus grand acteur au monde ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire