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jeudi 18 septembre 2014

Frappes contre l'État islamique : pourquoi la France peut peu !

Obama s'en va-t-en guerre, Hollande sera à ses côtés. Avec beaucoup de bonne volonté, mais de tout petits moyens.

François Hollande et Jean-Yves Le Drian.
François Hollande et Jean-Yves Le Drian.© Alain Jocard / AFP
Les messages diffusés par l'exécutif français depuis plusieurs jours sont explicites : la France s'engagera aux côtés des États-Unis dans les frappes contre les djihadistes de l'État islamique, ce que confirmera le président de la République François Hollande lors de son déploiement en Irak, vendredi. Mercredi, le ministre des Affaires étrangères a implicitement évoqué cette participation française à des frappes en déclarant à l'Assemblée nationale : "La détermination des égorgeurs de Daesh (acronyme de l'État islamique en arabe) est forte, la nôtre doit l'être plus encore."
Son collègue de la Défense Jean-Yves le Drian a également préparé les esprits à cette intervention. Dans son discours de clôture de l'université d'été de la défense, mardi à Bordeaux, il a ainsi dressé un tableau très alarmant de la situation dans cette partie du monde : "En Irak et en Syrie en particulier, l'organisation terroriste Daesh, qui se prétend État islamique, atteint des degrés de maîtrise territoriale transfrontalière, d'organisation, de capacité financière et d'équipement encore jamais vus. Elle a déjà pris le monde à témoin d'actes barbares. Au quotidien, elle terrorise des populations entières. Elle déstabilise une région déjà très fragilisée et ambitionne de constituer un État terroriste dans le voisinage de l'Europe." Paris estime que la légitimité internationale est d'ores et déjà offerte par la résolution 2170 du Conseil de sécurité de l'ONU, en date du 15 août.

Le porte-avions Charles de Gaulle en "pré-alerte"

En réalité, la participation de la France aux frappes américaines contre Daesh a été envisagée dès le début des opérations, durant la première quinzaine d'août. Nous pouvons révéler que le porte-avions Charles de Gaulle avait alors été mis en état de "pré-alerte" (un statut sans grande signification réelle puisqu'il s'agit d'un état quasi permanent du navire) et que l'envoi d'un certain nombre de chasseurs-bombardiers de l'armée de l'air avait été envisagé, soit à destination de la Turquie, soit des Émirats arabes unis. Une douzaine d'avions français auraient été dépêchés en urgence si les troupes du djihadiste Abou Bakr al-Baghdadi avaient directement menacé la capitale irakienne Bagdad, ce qui ne s'est finalement pas produit.
Le dispositif dont la France prépare actuellement le déploiement serait du même ordre. Pour autant, tous les cadres militaires consultés ces derniers jours en conviennent : utiles, voire indispensables, pour affaiblir l'organisation terroriste, les opérations aériennes ne seraient pas suffisantes. Ils n'en veulent pour preuve que la situation actuelle en Libye. Sauf que... il est hors de question pour Paris de dépêcher des troupes terrestres en Irak. La principale impossibilité est d'ordre politique. Certes, des forces spéciales s'y trouvent déjà avec du personnel de la DGSE, en nombre très limité, mais ces troupes n'agissent pas en tant que forces combattantes. Elles évaluent les besoins des Kurdes et leur enseignent l'usage des armes qui leur ont déjà été fournies (mitrailleuses de 12,7 mm et canons de 20 mm, missiles antichars Milan, notamment).

L'intendance ne suit pas

Mais quand bien même serait-il politiquement opportun de déployer des troupes françaises dans cette partie du monde - comme ce fut le cas en 1991 -, encore faudrait-il que le gouvernement dispose des moyens financiers pour le faire. Tel n'est pas le cas. Une intervention aérienne n'exige pas de moyens considérables. Un corps expéditionnaire, si... Et la réalité budgétaire est cruelle. Quatre cent cinquante millions d'euros ont été affectés aux opérations extérieures (OPEX) dans le budget 2014.
Mais la poursuite imprévue de l'opération Serval, devenue depuis Barkhane dans la BSS (bande sahélo-saharienne), et le lancement en fin d'année dernière de Sangaris en RCA ont fait exploser les compteurs. La défense ne veut pas dire où en est l'état des dépenses, mais la barre du milliard d'euros sera franchie. Qui va payer ? La défense, dit Bercy qui ne lâchera jamais l'affaire. Le Drian estime que ce surcoût doit être pris en charge par le budget de l'État, son ministère y contribuant à hauteur de sa part dans ce dernier, soit 20 %. Tout cela fera l'objet d'une discussion parlementaire chaude, dans les semaines qui viennent.

Et la Libye dans tout ça ?

Une chose est sûre : Jean-Yves Le Drian aura du mal à convaincre François Hollande et Manuel Valls de lui accorder des crédits pour les opérations qu'il souhaite voir l'armée française conduire aux parages de la Libye en pleine décomposition. Le sujet est sur la table, et chacun sait qu'une force de stabilisation dans ce pays exigerait des dizaines, voire des centaines, de milliers d'hommes en coûtant une fortune. Évoquant l'ensemble de ces situations inspirant aux militaires français les plus grandes inquiétudes, le ministre de la Défense a expliqué mardi : "Ces crises majeures nous concernent toutes. Ce qui se passe en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Libye, au Sahel, au Nigeria, pour s'en tenir à ces fronts, met directement en jeu la sécurité des Français et celle des Européens. En cela, elles sont un test de notre capacité commune à répondre aux menaces qui pèsent sur nous."
Mais cette énumération est aussi un aveu. Déployées et appréciées, efficaces mais sans le sou, les armées françaises sont très proches de la limite de leurs capacités d'intervention. La solution ? Elle est budgétaire. On a compris qu'on atteint les limites de la discussion...

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