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jeudi 18 septembre 2014

Le leader des shebabs a été tué le 1er septembre par un raid américain conduit à partir de renseignements fournis par la DGSE, sur ordre direct de Hollande.


L'ancien chef des djihadistes somaliens, Abdi Godane (sur l'écran télévisé), est mort le 1er septembre dans une attaque américaine.
L'ancien chef des djihadistes somaliens, Abdi Godane (sur l'écran télévisé), est mort le 1er septembre dans une attaque américaine.©AFP PHOTO / MOHAMED ABDIWAHAB
          
En matière de terrorisme, François Hollande ne lâche rien. Si l'assassinat ciblé du leader des shebabs, Ahmed Abdi "Godane", le 1er septembre, à 170 kilomètres au sud de la capitale somalienne Mogadiscio, a été exécuté par un ou plusieurs drones américains pilotés depuis une base à Djibouti, les éléments permettant cette opération - à savoir l'identification précise de son pick-up et la route qu'il devait emprunter - ont été transmis au Pentagone par la DGSE sur ordre explicite du président de la République française.
Godane avait pris la tête des shebabs ("jeunes") en 2008, après que son prédécesseur Aden Ashi Ayro avait été tué par un raid américain. Le 14 juillet 2009, il avait enlevé deux agents de la DGSE. Le premier, connu sous le pseudonyme de Marc Aubrière, était parvenu à s'évader, mais le second, Denis Allex, avait été détenu par Godane dans des conditions particulièrement barbares. En prenant leurs fonctions en 2012, François Hollande et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian - qui exerce la tutelle gouvernementale sur la DGSE - avaient placé la libération de Denis Allex au premier rang des priorités et fourni au service tous les moyens qu'il avait demandés.

"Dégommez-le !"

Dans un pacte secret conclu fin 2012 entre Barack Obama et François Hollande, il était convenu que les États-Unis aideraient les Français à éliminer le chef sanguinaire des djihadistes somaliens, qualifié de "HVT" (High Value Target - cible de grande valeur), selon le terme qui qualifiait, en son temps, Oussama Ben Laden. L'appui de l'aviation américaine pour le raid raté du 11 janvier 2013 à Mulo Marer, qui avait conduit à la mort de l'otage et de deux de ses camarades du CPIS (Centre parachutiste d'instruction spécialisée) de Perpignan, avait ainsi été négocié directement entre la Maison-Blanche et l'Élysée.
À l'issue de cette opération, le président de la République avait donné des ordres très fermes à la DGSE. Il avait en personne exigé que les services "dégomment" Godane, ce qu'une source qualifiée traduit ainsi : "Il a donné des instructions précises sur les suites de la mort de nos trois agents. Message : la France n'oublie pas ceux qui lui ont fait du mal." Avec ses moyens techniques et humains nationaux, la DGSE n'a jamais cessé une seconde de chercher Godane, depuis l'échec du raid de 2013. Plusieurs fois dans les mois passés, les Français ont localisé le chef terroriste et transmis ses coordonnées au Pentagone, comme fin 2013, où il s'est rendu coupable de la mort de deux Françaises dans le massacre du centre commercial Westgate de Nairobi, au Kenya.
Malgré tout, selon nos sources, le Pentagone avait à chaque fois refusé de frapper, en raison des protections dont Godane s'assurait. Cet homme, qui n'utilisait jamais de téléphone ni de moyen de communication électronique, évitait systématiquement de se trouver dans une zone isolée. Sa protection effective due à la présence de nombreuses populations civiles autour de lui aura ainsi duré 21 mois.

Erreur fatale

La seule faute qu'il a commise durant cette longue période s'est produite le 31 août, la veille de sa mort. Pensant demeurer inaperçu et estimant sans doute avoir été oublié, il a organisé un déplacement entre son sanctuaire, dans le sud de la Somalie, et un nouveau lieu de résidence. Manque de chance pour lui, ce mouvement a été repéré. En quelques heures, en extrême urgence, un raid de drones et d'avions pilotés américains a été décidé. L'amiral John Kilby a précisé le 2 septembre que le raid a été conduit "à partir de renseignements utilisables". Nous pouvons préciser que les Français ont refusé que le Pentagone fasse mention de leur rôle.
Le chef terroriste se trouvait seul dans un véhicule isolé, seulement accompagné par une équipe minimale de deux gardes du corps. Alors qu'il se trouvait dans une zone presque désertique, le pick-up a été frappé avec une violence extrême : un ou plusieurs missiles antichars AGM-114 Hellfire, capables de détruire un char d'assaut, et au moins deux bombes GBU-12 Paveway II de 250 kilos chacune. Les trois occupants du véhicule n'avaient aucune chance. À l'issue de cette opération radicale, le président français a été averti de son succès probable, mais il a encore fallu plusieurs jours pour obtenir l'indispensable confirmation.
Les hommes de Godane, inquiets de ne pas le voir arriver à destination, sont partis à sa recherche, mais n'ont retrouvé aucun débris "exploitable" dans la zone des explosions. "Ils n'ont découvert que quelques éléments carbonisés, qu'ils ont enfouis sur place", dit une source connaissant ce dossier. La confirmation de la mort de Godane est donc venue des shebabs eux-mêmes, qui l'ont rendue publique le 5 septembre. Dans un communiqué, ils ont réaffirmé leur allégeance à al-Qaida, annoncé le nom du successeur : Sheikh Ahmad Umar Abu Ubaidah, et prévenu leurs ennemis qu'ils ne doivent "rien attendre d'autre que ce qui leur causera une grande détresse". Contactée par le Point, la DGSE a utilisé sa formulation habituelle : "Nous ne confirmons ni ne démentons nos activités réelles ou supposées."

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