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lundi 13 avril 2015

l'Empereur Maximilien du Mexique , le sacrifié

Entre 1821, année de son indépendance, et 1855, le Mexique voit défiler plus de cinquante gouvernements, certains n'exerçant le pouvoir que quelques mois. En 1858, un an après la Constitution dont il est l'auteur, Benito Juarez prend la tête du pays et mène une politique libérale. Il confisque les biens du clergé et vend les terres de l'Eglise à des spéculateurs. Les généraux Conservateurs s'insurgent contre ces mesures, entraînant de nouvelles guérillas qui appauvrissent davantage encore le pays déjà fragilisé par les rivalités ethniques et l'instabilité politique. En juillet 1861, face à des caisses asséchées, Juarez décide de suspendre le remboursement de la dette extérieure votée auparavant par les Conservateurs au profit de L'Espagne, la France et l'Angleterre.

Les pays concernés sont furieux et engagent l'Expédition du Mexique. Sous couvert des raisons économiques d'exiger le remboursement des sommes dues, Napoléon III a une autre ambition, plutôt impérialiste. Il y voit l'opportunité de restaurer une présence française et catholique sur le continent américain pour lutter contre les Etats-Unis protestants déjà puissants. Alors qu'ils viennent justement d'entrer dans la Guerre de sécession, l'Empereur français sait que les Américains du Nord ne pourront se joindre à la cause mexicaine.
Ainsi au départ des alliés en 1862 après la signature avec Juarez de la Convention de Soledad, il maintient ses troupes au Mexique. Fort de ses victoires militaires et diplomatiques aux guerres de Crimée et d'Italie, et de la vertigineuse avancée française en termes d'industrialisation, d'urbanisme, d'hygiène et de progrès, son demi-frère adultérin le duc de Morny le convainc de pouvoir faire du Mexique, par un investissement financier, un pays moderne, contrepoids aux Etats-Unis.
Qui mettre au pouvoir  ? Certainement pas un français. Ce serait dévoiler les intentions expansionnistes de Napoléon III.  L'idée surprenante émerge de proposer la souveraineté du Mexique au frère de l'empereur François-Joseph Ier  d'Autriche, Maximilien de Habsbourg-Lorraine que Napoléon III a lui-même détrôné de son royaume de Lombardie à l'issue de la campagne d'Italie. Si le choix est inattendu en soi, il est plutôt judicieux. Inquiet de la montée en puissance de la Prusse, l'Empereur français redoute d'avoir à composer avec deux grands empires germaniques ennemis. Choisir un Autrichien, c'est à la fois un geste de réconciliation et une manière déguisée de prendre la main en Amérique centrale.
D'un esprit brillant Maximilien s'était révélé un roi avisé avant de perdre sa couronne en 1859. Il   s'embarque alors avec sa femme Charlotte de Belgique pour une longue croisière en Méditerranée avant de retourner à Trieste dans son palais de Miramare, dont l'élégante blancheur tranche avec le bleu du ciel et de l'Adriatique. Si Maximilien, homme de lettres et d'art, est heureux de cette vie qui lui donne le loisir de s'adonner à ses passions, l'archiduchesse se dessèche d'ennui et s'oppresse de ne jouer aucun rôle. On imagine son allégresse lorsque la nouvelle tombe et Charlotte presse son mari d'accepter l'offre de Napoléon III. Maximilien qui aime naviguer et à qui l'on présente les résultats (pipés)   des votes en sa faveur du peuple mexicain ainsi que le soutien financier et militaire français, cède au rêve de sa femme de sauver les opprimés et libérer le Mexique de l'anarchie…
Le 10 avril 1864 à Trieste, Maximilien après avoir renoncé à ses droits sur la couronne d'Autriche est proclamé empereur du Mexique. Quatre jours plus tard, le couple impérial et sa délégation montent à bord d'une frégate pour rejoindre le lointain port de Veracruz. L'accueil pourtant n'est pas aussi enthousiaste qu'ils pouvaient s'y attendre, et Maximilien a bien du mal à se positionner entre Libéraux et Conservateurs. Sur les conseils de Charlotte, il tente une ouverture politique en faveur des Libéraux.  Erreur fatale.  Ceux qui le soutenaient s'en détournent, tandis que les autres s'en méfient.Eugène Rouher, ministre d'Etat, avertit Napoléon :  «  L'empereur Maximilien ne paraît guère avoir un esprit pratique et résolu, il s'abandonne à je-ne-sais quel libéralisme philosophique et rêveur et n'a rien fait de sérieux jusqu'à présent pour se créer les seules chances de salut, pour constituer une armée et pour organiser ses finances. Il lui manque d'ailleurs un grand élément de force, c'est le prestige militaire  ».
L'ambiance est davantage à l'insurrection qu'à la soumission, si bien que l'Empereur peine à former une armée mexicaine. Ses relations avec le piètre général Bazaine sont exécrables, et les fusillades sommaires du général français sur les rebelles ne font qu'envenimer les guérilleros.Malgré quelques victoires à l'instar de la prise de Puebla et du fameux épisode de Camerone – célébré encore aujourd'hui tous les 30 avril   pour avoir donné ses lettres de noblesse à la Légion étrangère – la situation est catastrophique et a déjà une odeur de fin de règne.
Les règnes de ce bon Maximilien sont décidément éphémères. Deux ans.  Mais cette fois, c'est fatal.  Fin 1865, les caisses sont vides, les soldats épuisées, les Etats-Unis libérés de leur guerre civile prêts à intervenir, si bien que Napoléon III décide de rompre la Convention de Miramare. Il retire ses troupes du Mexique en janvier 1866, laissant son poulain livré à son propre sort. Une mise à mort.
Charlotte est désespérée et avec la passion qui la caractérise traverse l'Atlantique pour supplier Napoléon III et le Pape Pie IX de les sauver  : «  J'irai chercher en Europe un corps d'armée ! Je forcerai les appartements des empereurs et des papes. Je frapperai de porte en porte comme une mendiante et je serai la Justice foudroyante  ». Maximilien n'a jamais résisté aux caprices de sa femme et la laisse s'en aller les sauver…
Napoléon III joue le comptable et refuse toute aide, l'expédition lui ayant déjà coûté assez cher et la crainte de se mettre à dos Washington faisant autorité. Il prie le couple impérial qu'il a recruté d'abdiquer. Au cours de son voyage à Rome pour implorer le Pape, la folie se déclare. Charlotte, l'impératrice Carlota du Mexique, est internée à Miramare, puis par son frère le roi Léopold II de Belgique. La reine et impératrice fantôme mourra dans son pays natal à l'âge de quatre-vingt-seize ans avec la démence comme meilleure compagne.
De son côté, au Mexique, Maximilien est seul, abandonné, en proie aux juaristes qui tentent de reprendre le pouvoir. Son avenir en Europe est compromis. L'homme n'est pas de tempérament à abandonner. Il reste et résiste héroïquement à la coalition de Benito Juarez durant soixante-douze jours. En Autriche, l'Empereur autrefois jaloux de son jeune frère, propose de le réintégrer dans ses droits à la couronne.
Mais il est trop tard. Pris par les libéraux mexicains, Maximilien est jugé et condamné à mort. Il a tout juste 36 ans et avant de marcher dignement sur le peloton d'exécution écrit ces mots poignants :  «  Envoyez ce souvenir en Europe à ma bien chère femme, si elle vit, dites-lui que mes yeux se fermeront avec son image que j'emporte là-haut ». Puis il s'exclama : « Je pardonne à tous, que tous me pardonnent. Que mon sang prêt à couler soit répandu pour le bien du pays. Vive le Mexique ! Vive l'indépendance  ! ».

Albane de Maigret

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