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jeudi 14 mai 2015

Libre opinion Général 2S Bruno DARY sur la RCA , plus de questions que de certitudes

Par le Général d’armée (2S) Bruno DARY Dans les armées, on a l’habitude de dire que « la victoire a cent mères et que la défaite est orpheline ! » Aujourd’hui, avec les événements odieux qui sont reprochés à l’armée de Terre en Centrafrique, le silence qui entoure les multiples commentaires des médias laisse songeur. Et, pour paraphraser Saint-Exupéry, « puisque j’ai été l’un d’eux, je ne renierai jamais les miens quoiqu’ils fassent ! » Et pourtant, les faits sont loin d’être avérés, car, à y regarder de plus près, l’affaire apporte plus d’interrogations que de certitudes ! La première interrogation concerne la gravité des faits : tous ceux qui connaissent nos soldats sont surpris, car ce genre d’écarts ne correspond vraiment pas à ce que l’on a vu, fait et connu ! En effet, ce qui fait l’une des fiertés de l’armée française et qui la différencie généralement d’autres armées de même rang est justement le comportement de ses soldats, fait de respect du pays où elle intervient, de retenue à l’égard des biens et des infrastructures et de considération vis-à-vis des personnes secourues et de la population ! Alors, l’armée de Terre ou plutôt quelques-uns de ses soldats auraient-ils tellement changé ? La deuxième interrogation concerne l’action de la hiérarchie, qui a été informée de tels agissements dès juillet 2014 et qui, aussitôt, conformément à nos devoirs, à notre conscience et à la réglementation a lancé une double enquête : l’une, interne à la charge du commandement, l’autre judiciaire, dans la main de gendarmes, officiers de police judiciaire (OPJ), appelés des « prévôts » en opérations extérieures, et en charge, comme en France, de l’action judiciaire ! Or, si rien n’a débouché dix mois plus tard, il reste deux solutions : ou le commandement et la chaîne judiciaire sont complices, ce qui semble plus qu’étonnant ! Ou bien, les faits ne sont pas avérés ! La troisième interrogation concerne ce théâtre d’opération : tous ceux qui ont fréquenté la Centrafrique et Bangui, plus particulièrement depuis l’arrivée des Sélékas en mars 2013, savent que sur place, tout s’achète et se vend, tout s’échange ou se vole : voitures, scooters, vélos, nourriture, essence au litre, alcool de palme, armes et munitions, et bien sûr, drogue et sexe ! Dans ce grand marché ouvert du troc, du stupre, du vice et du crime, des humanitaires ont déjà été dépouillés, une Française a été enlevée, une photographe a été assassinée, le prix d’une vie humaine ne vaut pas plus que quelques rations et on ne compte pas le nombre d’innocents qui ont été brûlés ! Qui peut alors dire avec certitude qui sont les bons et qui sont les méchants ? Qui est le bourreau et qui est la victime ? La quatrième interrogation porte sur l’échange d’informations ; en effet, celui qui a été engagé sur un théâtre d’opérations extérieures, sait bien que la hiérarchie militaire a des contacts suivis, pour ne pas dire quotidiens, avec tous ceux qui interviennent aussi sur la même zone d’action : autorités locales, monde diplomatique, acteurs économiques, contingents étrangers, représentants de communautés laïques et religieuses, et bien sûr les représentants des organisations internationales et des ONG. Aussi, dès le moindre incident ou en cas de litige ou d’incompréhension, un contact est pris aussitôt par l’intermédiaire d’officiers de liaison. Pourquoi alors, devant la gravité des faits reprochés, ne rien dire et s’en référer à un rapport vers les plus hautes instances de l’ONU ? La cinquième interrogation concerne les délais : pourquoi attendre plus d’un an, alors que les soldats ont été relevés plusieurs fois, que les contingents ont changé, que les responsables d’alors ne sont plus en poste ? Si les faits incriminés étaient si graves, pourquoi donc ne pas s’adresser au plus tôt et directement à la hiérarchie militaire, pour que les fautifs soient immédiatement confondus ? Ceux qui ont été en Afrique, et peut-être même plus à Bangui qu’ailleurs, savent aussi l’importance prise par la « rumeur ». Quel crédit alors accorder à des enfants et même à des adultes, qui viennent témoigner un an plus tard ? Car, dans ce domaine aussi, l’information et le témoignage s’achètent ou se vendent, plus facilement peut-être qu’un acte sexuel, surtout un an après les faits et devant une caméra ! Et puis une dernière question : comme rien n’est neutre, ni innocent, pourquoi cette affaire sort-elle maintenant ? A qui peut profiter cette dénonciation ? Qui voulait salir l’image de la France, au moment où s’ouvre le forum de Bangui ? Qui voulait abaisser l’image du ministère, après ses succès commerciaux et sa réussite au sein de la Défense ? Qui voulait dénigrer les armées, au moment où elles viennent de récupérer plusieurs milliards d’euros pour leur budget ? Qui voulait rabaisser l’armée de Terre, qui vient de lancer sa campagne de recrutement et qui bénéficie de l’effort budgétaire actuel ? Qui voulait affaiblir le contingent français de Sangaris, alors qu’il conduit actuellement l’opération délicate de transfert de pouvoir à la MINUSCA ? Parmi toutes ces questions, la seule certitude qui demeure a été prononcée par l’archevêque de Bangui, Monseigneur Nzapalainga, connu pour son courage et reconnu pour son discernement par l’ensemble des communautés laïques et religieuses, lorsqu’il déclara récemment que le comportement de quelques soldats – dont il restait encore à prouver les méfaits – ne devait pas effacer l’action admirable de la France en Centrafrique ! Général d’armée (2S) Bruno DARY

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