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mardi 5 janvier 2016

Antoine PARMENTIER bienfaiteur de l'humanité



«  S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche  ! ». Ces mots condescendants et féroces attribués à Marie-Antoinette face au peuple affamé tiennent évidemment de la légende.Le couple royal semble bien au contraire avoir contribué à la recherche d'aliments économiques et nourrissants grâce à la ruse d'un homme, Antoine Augustin Parmentier.
Originaire de la Somme, Antoine Parmentier est contraint d'entrer très jeune en apprentissage après la mort de son père. Tout en étudiant le latin avec l'abbé Daugy qui seconde Madame Parmentier dans l'éducation de ses enfants, l'adolescent entre comme commis chez un apothicaire de son village. En 1755, à l'âge de dix-huit ans, il gagne Paris pour approfondir sa formation. Manquant d'argent il lui est impossible d'ouvrir sa propre officine, aussi s'enrôle-t-il comme apothicaire sous-aide dans l'armée de Louis XV qui opère en Prusse, contre l'empereur Frédéric II, dans le cadre de la guerre de Sept ans.
Dans une action de bravoure où il monte en première ligne chercher des blessés, il est fait prisonnier. Nourri exclusivement d'une bouillie de pomme de terre, l'apothicaire en remarque les vertus nutritives et ne constate aucun effet secondaire du tubercule qui en France, vu d'un très mauvais œil, est réservé aux cochons. Captivité providentielle dans les geôles prussiennes…
La  papa  des Incas a été découverte par les Conquistadors dans la région du lac Titicaca en 1570 et renommée  solanum tuberosum esculentum. Rapportée en Espagne puis exportée dans toute l'Europe, elle a mauvaise presse dans le royaume de France où on l'accuse de véhiculer la lèpre et bien d'autres plaies. Monté en grade au cours de la campagne où il a manifesté bon sens et intelligence lors des fréquentes dysenteries, Parmentier s'investit d'une mission humanitaire sitôt rentré en France  : réhabiliter la pomme de terre. Déjà se profile l'ombre du grand savant agronome.
C'est dans la pharmacie de l'hôpital des Invalides qu'il entreprend ses premières recherches sur les cultures végétales alimentaires en général, et la composition chimique de la pomme de terre en particulier. Il y convie des hôtes de marques tel Antoine Lavoisier ou Benjamin Franklin pour leur faire goûter son pain de pomme de terre, ce qui fait dire à un journaliste du  Journal de Paris  que la pomme de terre est «  la découverte la plus importante du siècle  ».
Devenu apothicaire-major des Armées, il participe à un concours lancé par l'Académie de Besançon sur les aliments végétaux capables de substituer ceux communément employés en cas de disette. Elles sont alors courantes et provoquent de graves crises sociales et économiques dans le royaume. Des sept mémoires rendus,  L'Examen chimique de la pomme de terre  de Parmentier reçoit la palme.
Le lauréat continue sa croisade pour la pomme de terre qu'il affirme pouvoir pousser partout, y compris dans les sols pauvres, mais défend également les qualités nutritives d'autres végétaux comme la châtaigne ou le maïs. Obtenant cinquante-quatre arpents de terre appartenant à l'armée sur la plaine des Sablons à Neuilly, Parmentier y cultive des pommes de terre. Il prend soin de faire surveiller le terrain le jour afin d'attiser la curiosité des passants et leur faire croire à la valeur extrême des semis, si bien que la nuit les champs sont dévalisés. Une astuce promotionnelle plutôt maline pour vulgariser le fameux tubercule.
C'est alors qu'il joue son coup de maître en offrant à Louis XVI des tiges fleuries de pommes de terre que le roi s'empresse de porter à la boutonnière de la Reine. Il faut reconnaître que la fleur est plus séduisante que le tubercule… Ravi, le couple royal demande à goûter les «  parmentières  » et leur promoteur s'entend saluer par le Roi en ces termes  : «  La France vous remerciera d'avoir trouvé le pain des pauvres  ». Nous sommes en 1786, à l'aube d'une famine qui verra flamber le prix du pain, une raison supplémentaire à la révolte populaire qui va prendre l'ampleur que l'on sait et coûter sa tête au Roi.
Parmentier acquiert un rôle de plus en plus prédominant dans tout ce qui concerne les problèmes alimentaires auprès du Comité de Salut public, de la Société d'agriculture, du Collège de pharmacie, de l'école de boulangerie, de l'Académie des Sciences, etc… sans pour autant cesser ses missions dans l'armée. Il survit à la Révolution et gagne du terrain sous le Directoire et le Consulat avec une patate incroyable.
Auteur d'une centaine de traités et mémoires, le précurseur de la chimie alimentaire explique sa motivation  : «  Mes recherches n'ont d'autre but que le progrès de l'art et le bien général. La nourriture du peuple est ma sollicitude, mon vœu, c'est d'en améliorer la qualité et d'en diminuer le prix  ».   Dans cette optique il suggère pour remédier à la pénurie du sucre de canne, d'extraire du sirop de betterave ou de raisin, préconise la conservation par le froid, pratique une médecine préventive par une alimentation saine, généralise le vaccin antivariolique dans l'armée, lutte contre les épidémies…Nommé premier pharmacien de l'armée par Napoléon Bonaparte en 1800, il collabore avec les docteurs Pierre-François Percy ou Dominique Larrey* pour la réorganisation du service de santé des armées.

Charlotte, Amandine, Belle de Fontenay, Pompadour, Désirée, Annabelle, à l'eau, sautée, frite**, dauphine ou en robe de chambre, comme le dit Monsieur le Marquis de Cussy, préfet auprès de l'Empereur (1752-1827)  : «  la pomme de terre est le légume de la cabane et du château  ».Pourtant, retenir d'Antoine Parmentier uniquement son rôle de promoteur de la pomme de terre serait un hachis réducteur pour cet homme membre de l'Institut que l'on peut qualifier de bienfaiteur de l'humanité.
Albane de MAIGRET (Bottin mondain)

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